La vérité commence à Genève, en novembre 2018. Une partie de l’opposition s’y réunit et désigne Martin Fayulu comme candidat commun. Mais cette désignation s’est faite contre la dynamique réelle du terrain, après des trahisons et des coups bas savamment orchestrés par ceux qui pensaient que l’UDPS n’accepterait jamais le deal d’une présidence de transition sur lequel reposait l’accord de Genève, un deal qui, faut-il le rappeler, violait l’esprit de la Constitution. L’UDPS avait le candidat le mieux implanté, le parti le plus organisé et la base la plus mobilisée. Après les mascarades de Genève, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe se sont retrouvés au sein de CACH et ont mené campagne ensemble.
Deuxième vérité : Fayulu a mené campagne contre la machine à voter. Il disait aux électeurs d’aller voter avec un bout de papier. Dieu seul sait combien de bulletins nuls ont résulté de ce choix à peine cohérent. Lamuka et Martin Fayulu ont fini tardivement par accepter l’usage de cette machine, qu’ils avaient soigneusement surnommée “machine à voler”, comme simple imprimante des bulletins. Ce changement de position révèle déjà une incohérence politique majeure. On ne peut pas appeler les électeurs à rejeter un outil pendant la campagne, puis revendiquer ensuite une victoire massive issue du même processus, surtout lorsque l’on a soi-même mené une campagne faible, désordonnée et peu cohérente dans une grande partie du pays.
Troisième vérité : en janvier 2019, l’Union africaine, alors présidée par Paul Kagame, n’a pas soutenu Félix Tshisekedi. Elle a demandé la suspension de la proclamation des résultats définitifs, évoquant de sérieux doutes sur les résultats provisoires. Une décision exceptionnelle, que l’on voit rarement en Afrique, alors même que de vastes fraudes électorales se produisent presque chaque année sur le continent. Paul Kagame, en cette matière, ressemble à l’ivrogne du quartier qui rentre chaque soir ivre, mais qui, entre deux matinées de sobriété, se fait passer pour celui qui conseille aux autres d’arrêter de boire. Lui qui a pratiquement éliminé son opposition, qui traque ses adversaires jusque hors de ses frontières, qui organise des élections sans véritable concurrence et frôle systématiquement les 100 %, s’est soudain découvert une passion pour la sincérité électorale en RDC.
Et c’est ce même Kagame qui, en 2019, par la voix de l’Union africaine, exprimait des doutes sur les résultats congolais, exactement comme Martin Fayulu et ses soutiens. Dire aujourd’hui que Kagame aurait porté Tshisekedi au pouvoir est donc une construction grotesque, sans preuve publique et politiquement absurde. Martin Fayulu est devenu le champion de l’incohérence. En 2023, il a demandé à ses partisans de ne pas postuler, avant de se présenter lui-même à la présidentielle, sans véritable machine électorale nationale. Hier comme aujourd’hui, il transforme ses erreurs stratégiques en accusations contre les autres.
Le problème de Fayulu, comme celui de Kabund, Sesanga ou Frank Diongo, est simple : ils ont normalisé le mensonge comme méthode politique. Ils préfèrent fabriquer des récits plutôt que construire des partis politiques solides. Regardez bien : même à Kinshasa, qui connaît réellement les sièges de leurs partis à Mont-Ngafula, à Masina, à Kimbanseke ou à Ngaliema ? Où sont leurs bases ? Où sont leurs structures ? Où sont leurs fédérations actives ? Tout se passe à Kinshasa, et tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains des présidents fondateurs et de quelques amis placés aux postes de secrétaires généraux, inconnus au-delà de leurs quartiers. Pourtant, notre régime a des faiblesses sur lesquelles une opposition sérieuse pourrait se construire. Elle pourrait devenir une véritable alternative, convaincre à la base et bâtir des machines politiques solides pour les échéances à venir.
Mais au lieu de construire une opposition nationale, sérieuse et structurée, ils restent prisonniers de partis-mallettes, actifs surtout à Kinshasa et dans quelques grandes villes. Pour beaucoup d’entre eux, l’objectif n’est pas de conquérir démocratiquement le pouvoir, mais de peser dans des négociations politiques pour accéder à des postes et se construire une carrière. C’est peut-être dans ce contexte qu’il faut comprendre le spectaculaire retournement de Frank Diongo et d’autres opposants envers Joseph Kabila, devenu aujourd’hui un lumumbiste béatifié par ceux-là mêmes qui, hier, le traitaient de tous les noms.
La RDC mérite mieux qu’une opposition de slogans, de blessures imaginaires et de récits fabriqués. Elle mérite une opposition capable de critiquer avec vérité, de proposer avec sérieux et de respecter l’intelligence des Congolais.
TribuneTribune
Fayulu, ses contre-vérités et la mémoire courte de l’opposition congolaise
Martin Fayulu veut encore réécrire l’histoire. Dans le Space de Stanis Bujakera, il affirme que Félix Tshisekedi serait au pouvoir grâce à Paul Kagame. C’est une accusation grave. Mais elle ne résiste pas à l’examen des faits.

Par Acteur politique
Publié le 5 juillet 2026
Modifié le 5 juillet 2026 à 18h31
Lecture : 4 minutes.
Acteur politique
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