Le précédent de Daniel Aselo montre que le problème n’est pas nouveau. Les griefs formulés hier — insécurité persistante, gouvernance territoriale contestée, attentes sociales non satisfaites, accusations d’incompétence — ressemblent étrangement à ceux avancés aujourd’hui contre Shabani. Comme un disque préenregistré que l’on rejoue sans cesse. Et si rien ne change, ce même registre pourrait servir demain à viser un autre titulaire du même portefeuille. Ce cycle interroge : s’agit-il de défaillances individuelles ou d’un problème plus structurel dans la manière dont l’action gouvernementale est portée et défendue ?
L’épisode de 2024 apporte un éclairage supplémentaire. La motion contre Alexis Gisaro, lui aussi membre de l’UDPS, avait été initiée avec des signatures comprenant des députés issus du même parti. Le signal est fort : l’UDPS ne se contente pas d’être exposée, elle devient parfois le point de départ des offensives visant ses propres cadres. La frontière entre opposition et majorité s’estompe, et le conflit interne se transforme en acte institutionnel.
Cette fragmentation ne se limite pas à l’Assemblée nationale. Elle prend racine au sein même du parti. Les tensions récentes entre Augustin Kabuya et le professeur Mbata autour de l’élection du gouverneur au Sankuru en disent long. Tous membres de l’UDPS, ils se sont affrontés publiquement, jusqu’aux derniers instants du scrutin. Certains ont même soutenu des alternatives extérieures au parti, dans une logique de positionnement interne difficile à décrypter. Ces épisodes traduisent une difficulté plus profonde à stabiliser les lignes. Lorsqu’un parti ne parvient plus à aligner ses propres cadres sur des enjeux stratégiques, il peine mécaniquement à imposer un discours cohérent.
Pour le système politique, ces affrontements constituent un facteur d’instabilité. Pour le citoyen, ils ne produisent aucun changement tangible. Les mêmes problèmes persistent, les mêmes accusations reviennent, et les mêmes débats se répètent. Chacun cherche à occuper une position, mais les résultats, eux, stagnent. Le risque est alors de transformer l’action publique en cycle de contestation sans résolution, où les individus changent mais les réalités demeurent.
Dans ce contexte, la responsabilité dépasse les ministres concernés. Les partenaires de l’UDPS au sein de l’Union sacrée, confrontés à ces tensions internes, peuvent éprouver des difficultés à identifier des interlocuteurs stables avec lesquels engager des discussions durables. Ce désordre affecte directement l’efficacité du système. Un gouvernement ne peut être solide que si le socle politique qui le soutient est lui-même cohérent. À défaut, chaque crise individuelle devient le symptôme d’un déséquilibre plus large, à la fois institutionnel et politique.
Il appartient dès lors au Président de la République, Félix Tshisekedi, de trancher. Le désordre au sein de l’UDPS atteint aujourd’hui un niveau préoccupant. Entre un congrès reporté sine die, des contestations sur la légitimité de certaines instances dirigeantes, et une gestion interne perçue comme personnalisée, le parti donne le sentiment de s’éloigner de l’héritage de ses fondateurs.
Mettre de l’ordre, clarifier les lignes, restaurer la discipline : ces exigences ne sont plus une option. Elles sont une nécessité. Car au fond, la question n’est plus de savoir si une motion passera ou non. Elle est de comprendre pourquoi, malgré leur répétition, elles ne produisent aucun changement réel. Et tant que cette question restera sans réponse, le système continuera de tourner en rond, au détriment de ceux qu’il est censé servir.
TribuneTribune
Motion contre le VPM Shabani : l’UDPS face à ses propres lignes de fracture
Pourquoi, à chaque fois qu’un de ses cadres se retrouve en difficulté, le parti présidentiel donne-t-il le sentiment de regarder ailleurs ? La motion visant le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, ravive une question devenue récurrente : celle de la capacité de l’UDPS à faire bloc lorsque l’un des siens est exposé. Rappelons qu’en sept ans d’exercice du pouvoir, et dans un Parlement où les motions restent rares, au moins trois ministres membres de l’UDPS ont été visés par des initiatives de ce type.

Par Matamaba Lukasu
Publié le 28 avril 2026
Modifié le 28 avril 2026 à 23h24
Lecture : 3 minutes.
Matamaba Lukasu
Auteur et cadre de l’UDPS
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