Le rapport en question, produit par le Groupe d’experts mandaté par le Conseil de sécurité des Nations unies, établit avant tout que le M23 bénéficiait d’un soutien extérieur, notamment du Rwanda et, dans une moindre mesure, de l’Ouganda. C’est l’axe central du document : démontrer, éléments à l’appui, que cette rébellion n’était pas autonome mais inscrite dans une dynamique régionale. L’analyse du rapport vise ainsi à comprendre comment le M23 cherchait à consolider son pouvoir et à se donner une légitimité politique nationale.

C’est dans ce cadre précis qu’apparaît la mention de l’UDPS. Le rapport indique, sur la base de déclarations attribuées à des membres du M23 et à des sources de renseignement, que la rébellion aurait tenté d’établir des contacts avec certains acteurs politiques congolais, dont l’UDPS. Toutefois, cette affirmation repose exclusivement sur des sources indirectes. Le document ne cite aucun responsable officiel du parti, ne produit aucun élément matériel vérifiable, et ne fait état d’aucun mandat politique formel de l’UDPS en ce sens. Surtout, rien n’indique que le parti ait été consulté ou interrogé par les experts de l’ONU sur ces allégations.

Autrement dit, le rapport ne démontre pas l’existence d’une relation structurée entre l’UDPS et le M23. Il décrit plutôt une stratégie du M23 visant à se rapprocher de l’opposition congolaise dans un contexte marqué par les contestations post-électorales de 2011. Cette distinction est essentielle : elle signifie que l’initiative évoquée émane du M23 lui-même, dans une logique de légitimation politique, et non d’un engagement officiel de l’UDPS.

Cette lecture apparaît encore plus clairement dans le cas de Roger Lumbala, abondamment cité dans le rapport. Présenté comme un acteur politique de l’opposition, parfois décrit comme proche de l’UDPS, il est mentionné dans des tentatives de rapprochement avec la rébellion. Le rapport évoque des déplacements régionaux et des échanges avec des acteurs liés au M23, tout en s’appuyant, là encore, sur des sources indirectes. Cependant, aucune preuve n’établit qu’il agissait au nom de l’UDPS ni qu’il disposait d’un quelconque mandat de ce parti. Assimiler ses démarches individuelles à une position officielle de l’UDPS constitue donc un raccourci non étayé par le document lui-même.

Il convient également de rappeler que l’UDPS, dans son histoire politique, n’a jamais privilégié des démarches clandestines lorsqu’il s’agissait de dialogue national. Lors des Accords de Sun City, le parti avait publiquement plaidé pour le retour des acteurs à la table des négociations, y compris en engageant des contacts politiques assumés avec d’autres forces congolaises comme le RCD. Cette tradition de transparence politique contraste avec l’idée d’un parti opérant dans l’ombre avec une rébellion armée.

Au final, la polémique actuelle repose sur une lecture partielle du rapport. En isolant quelques lignes évoquant des “contacts” supposés, certains acteurs passent sous silence l’essentiel du document : la démonstration du rôle déterminant du Rwanda et de ses alliés dans le soutien au M23, ainsi que la stratégie de cette rébellion visant à se doter d’une façade politique à l’échelle nationale. Le rapport ne prouve pas une collaboration entre l’UDPS et le M23 ; il décrit une tentative du M23 de s’insérer dans le jeu politique congolais.

Dans un contexte où les rapports internationaux sont de plus en plus instrumentalisés dans le débat politique interne, la rigueur dans leur lecture devient indispensable. Car entre ce que dit un document et ce qu’on lui fait dire, la frontière est souvent celle qui sépare l’analyse des faits de la construction d’un récit politique.