Le premier élément qui interpelle est le profil des deux avocats. D’un côté, Me Hervé Diakiese, porte-parole du parti de Moïse Katumbi. De l’autre, Me Bernard Maingain, connu pour avoir défendu pendant des années des personnalités et des causes proches des positions de Kigali sur les crises des Grands Lacs. Ce choix est parfaitement légal. Mais il est également hautement politique. Il est donc normal que les Congolais s’interrogent sur le message envoyé par un tel binôme lorsqu’il décide de poursuivre le président de la République devant la CPI.

Le second élément est encore plus troublant. Pourquoi cette plainte débute-t-elle en mars 2020 ? L’histoire des violences en RDC ne commence pourtant pas avec le régime Tshisekedi. Avant cette date, le Katanga a connu les violences liées aux Bakata Katanga, aux événements de Mukungubila, aux tensions tribales et aux expulsions de populations. Le Kasaï a été ravagé par les massacres de Kamuina Nsapu. Le Kongo Central a connu la répression contre les membres de Bundu dia Kongo. Ces tragédies ont fait des milliers de victimes et restent gravées dans la mémoire nationale.

Pourquoi les organisations de la société civile qui portent aujourd’hui cette plainte n’ont-elles pas engagé une démarche similaire à l’époque ? Pourquoi ces victimes semblent-elles absentes du récit présenté à la CPI ? La coïncidence est difficile à ignorer : la plainte commence précisément après la fin de ces épisodes majeurs et cible essentiellement les années correspondant au pouvoir de Félix Tshisekedi.

Une autre question mérite une réponse. Qui finance cette procédure ? Une action devant la CPI mobilise des moyens humains, techniques et financiers importants. La transparence sur son financement est indispensable pour dissiper les doutes qui entourent une initiative d’une telle ampleur.

La RDC est aujourd’hui un pays agressé. Pendant que la communauté internationale documente le soutien du Rwanda au M23, certains acteurs congolais choisissent de porter devant la justice internationale un dossier conduit par un avocat régulièrement associé aux positions de Kigali et un responsable politique de l’opposition katumbiste. Chacun est libre de ses alliances et de ses choix. Mais les Congolais sont tout aussi libres de s’interroger sur cette convergence et sur les intérêts qu’elle pourrait servir.

La justice internationale ne peut être crédible que si elle traite toutes les victimes avec la même exigence. Lorsqu’une plainte commence exactement là où d’autres crimes majeurs s’arrêtent, la question devient inévitable : cherche-t-on toute la vérité, ou seulement celle qui correspond à un objectif politique ?