Le drame de la salle Panacée ne peut pas être rangé dans la catégorie confortable des accidents que l’on pleure quelques jours avant de passer à autre chose. Une fête de mariage s’est transformée en tragédie et, au-delà de l’émotion légitime, Kinshasa doit maintenant se poser les questions qui dérangent.
Panacée : quand la fête devient un piège, l’État Congolais doit rendre des comptes.

Comment une salle destinée à recevoir des centaines de personnes peut-elle fonctionner sans voies d’évacuation suffisamment adaptées à une situation d’urgence ? Où étaient les issues de secours ? Quels dispositifs permettaient de contenir un départ de feu et d’évacuer rapidement la foule ? L’enquête devra déterminer les responsabilités du propriétaire et de l’exploitant. Mais elle ne peut pas s’arrêter à leur porte.
Car si des insuffisances graves de sécurité sont confirmées, une autre responsabilité devra être examinée : celle des institutions qui autorisent, inspectent et contrôlent les établissements recevant du public. Qui a vérifié cette salle ? Quand a-t-elle été inspectée pour la dernière fois ? Sur quels critères a-t-elle été jugée apte à accueillir autant de personnes ?
Panacée doit surtout ouvrir un chantier beaucoup plus vaste. Combien de salles de fête, bars, boîtes de nuit, restaurants, églises et salles de spectacle de Kinshasa pourraient aujourd’hui évacuer plusieurs centaines de personnes en quelques minutes ? Combien disposent de sorties de secours réellement accessibles, d’extincteurs fonctionnels, d’un éclairage d’urgence, d’une signalisation adaptée et d’installations électriques contrôlées ?
La réponse institutionnelle ne devrait donc pas se limiter aux condoléances, aux visites sur les lieux et à l’ouverture d’une enquête. La Ville de Kinshasa et les ministères et services compétents doivent lancer un audit général de sécurité des établissements recevant du public. Chaque salle devrait être inspectée physiquement, avec une grille technique identique, des conclusions documentées et un délai obligatoire de mise en conformité. Lorsqu’un établissement présente un danger immédiat, sa fermeture provisoire devrait s’imposer jusqu’à la correction des défaillances.
Mais il faudra éviter un autre travers bien connu : transformer une opération de sécurité publique en campagne de contrôle administratif, de perception de taxes ou de tracasseries. Vérifier une patente n’éteint pas un incendie. Ce sont les sorties de secours, les extincteurs, les installations électriques conformes et les procédures d’évacuation qui sauvent des vies.
Panacée doit marquer un avant et un après. Les responsabilités individuelles devront être établies, mais la responsabilité institutionnelle est déjà engagée sur une question essentielle : empêcher qu’une salle ouverte au public devienne un piège lorsque survient l’imprévisible.
Après avoir compté les morts, Kinshasa doit désormais compter ses sorties de secours.
Sarah Kadiombo
RC
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