À l'approche du budget 2027, les provinces de la RDC font face à une équation difficile : comment financer le développement lorsque les 40 % des recettes nationales prévus par la Constitution ne sont pas intégralement transférés ?
Tribune Eco: Budget-programme sans les 40 % : peut-on faire du keynésianisme sans argent ?

La lettre d'orientation de la Première ministre, Judith Suminwa, relève un déséquilibre préoccupant : plus de 60 % des crédits seraient concentrés dans l'administration générale, au détriment des programmes métiers. Autrement dit, avons-nous réellement adopté le budget-programme ou simplement rebaptisé un budget de fonctionnement traditionnel ?
Pour le Kasaï Oriental, une priorité s'impose : remplacer le budget de promesses par un budget de réalisations.
Le choix d'un budget sincère
Pourquoi voter un budget de 80 milliards de francs congolais si son exécution reste marginale ?
Pour 2027, une approche pragmatique consisterait à distinguer deux niveaux :
1. Un budget de base, fondé sur les recettes propres réellement mobilisables et les transferts effectivement sécurisés. À titre illustratif, une enveloppe de 12 milliards de francs congolais, si les données de trésorerie la justifient, permettrait de concentrer les moyens sur les dépenses prioritaires et l'achèvement des chantiers avancés.
2. Un budget conditionnel, consacré aux nouveaux projets, dont le démarrage serait subordonné à la disponibilité effective des financements. Une promesse de transfert ne doit jamais être confondue avec une trésorerie disponible.
Trois priorités pour transformer la province
Le budget 2027 pourrait se concentrer sur trois programmes essentiels :
- Finances : sécuriser les recettes propres et renforcer la transparence dans leur mobilisation.
- Agriculture : soutenir la production locale, l'emploi et le pouvoir d'achat des ménages.
- Infrastructures : achever les investissements prioritaires plutôt que disperser les ressources sur des chantiers multiples.
Le courage budgétaire, c'est la sincérité
Le keynésianisme reconnaît le rôle de la dépense publique dans la relance de l'activité économique. Mais dépenser efficacement suppose des ressources mobilisables, une programmation réaliste et une discipline dans l'exécution.
Un budget de 12 milliards exécuté à 90 % représente 10,8 milliards de dépenses effectives. Un budget de 80 milliards exécuté à 10 % n'en représente que 8 milliards.
Le budget le plus ambitieux n'est donc pas nécessairement le plus performant. La véritable mesure de la réussite budgétaire réside dans les ressources effectivement mobilisées, les projets achevés et les résultats obtenus pour la population.
Pour le Kasaï Oriental, l'enjeu du budget 2027 est clair : passer d'une logique de promesses à une culture de résultats.
Car le développement ne se décrète pas dans les prévisions budgétaires. Il se construit avec des ressources crédibles, des choix responsables et des réalisations concrètes.
Mieux vaut un petit budget sincère qu'un grand budget fictif.
Marcel Muleja BETU
Économiste
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