Cette jeunesse ne constitue évidemment pas, à elle seule, une preuve d’incapacité. Une entreprise récente peut disposer d’ingénieurs expérimentés, de moyens techniques importants et de références suffisantes. La question journalistique est ailleurs : quelles références techniques WG possédait-elle précisément dans la construction de routes soumises à des contraintes comparables à celles de Kingabwa ?

Les traces publiques retrouvées permettent d’identifier certaines réalisations. En 2020, WG était notamment impliquée dans les travaux de réhabilitation des homes de l’Université de Kinshasa. En février 2023, dans sa réaction aux premières fissurations de l’avenue BAT rapportées par l’ACP, l’entreprise déclarait avoir déjà réalisé plus de cinq kilomètres de voiries urbaines, notamment sur les avenues Masikita et Kwamouth.

Plus récemment, en mai 2025, l’ACP citait également WG parmi les entreprises intervenant sur l’avenue Matankumu dans le cadre du programme « Kin ezo bonga », avec cette fois des travaux en béton armé. Ces références montrent que WG n’était pas étrangère aux travaux d’infrastructures. Elles ne permettent cependant pas, à elles seules, de répondre à la question spécifique posée par l’avenue BAT.

Car WG explique aujourd’hui une partie des dégradations par les conditions géotechniques et hydrogéologiques particulières de Kingabwa, notamment le caractère marécageux du terrain et les variations saisonnières de la nappe phréatique. Si ces contraintes étaient effectivement déterminantes, il devient pertinent de savoir quelle expérience l’entreprise possédait, au moment des travaux, dans la réalisation de chaussées sur des sols présentant des difficultés similaires.

Mais cette question ne concerne pas uniquement WG. Les documents examinés par Cœur d’Afrique identifient Alliance des Bâtisseurs du Congo (ABC) comme l’entreprise à laquelle le marché avait été confié, tandis que WG affirme avoir effectivement réalisé les travaux. Or, à ce stade de notre enquête, nous ne disposons pas encore d’une source publique suffisamment solide permettant d’établir la date de création d’ABC, ses références techniques antérieures ou les expériences présentées pour justifier sa qualification pour ce marché.

C’est donc le dossier d’attribution du marché qui pourrait permettre d’éclairer une partie de ces interrogations : quelles références avaient été présentées ? Quelles capacités techniques avaient été exigées ? Sur quelle base ABC avait-elle été sélectionnée ? Et dans quelles conditions WG s’est-elle retrouvée à exécuter les travaux ?

L’objectif n’est pas de conclure qu’une entreprise était ou non qualifiée simplement sur la base de son ancienneté. L’expérience doit être appréciée à partir des références, des compétences mobilisées et des exigences du marché. Or plusieurs pièces nécessaires à cette appréciation ne sont pas encore disponibles dans les documents consultés par Cœur d’Afrique.

WG affirme par ailleurs avoir alerté le maître d’ouvrage délégué dès 2021-2022, lorsque les premières dégradations auraient encore été localisées. L’entreprise soutient également que des prestations exécutées, contrôlées et validées n’auraient pas été payées, ce qui aurait limité sa capacité à mobiliser des ressources pour effectuer les corrections nécessaires. Cœur d’Afrique n’a toutefois pas encore pu consulter les correspondances de 2021-2022 ni les pièces financières permettant de confirmer ces affirmations.

Si ces documents sont produits, ils pourraient apporter un nouvel éclairage sur la chronologie du dossier. Car les fissures étaient publiquement documentées en février 2023 et, en août 2026, l’ouvrage n’avait toujours pas fait l’objet d’une réception provisoire ou définitive. Pendant que les responsabilités restent à établir, un nouvel épisode est venu compliquer la situation sur le terrain : des engins sont récemment arrivés sur l’avenue BAT, ont décapé environ 500 mètres de chaussée, puis ont quitté les lieux quelques jours plus tard.

La circulation, elle, est devenue encore plus difficile. Dans la partie 6 : Avenue BAT, 500 mètres décapés puis les engins disparaissent : qui a lancé ces nouveaux travaux et pourquoi ont-ils été interrompus ?