Un rapport du Centre de recherches en finances publiques et développement local (CREFDL) consacré aux infrastructures routières de Kinshasa permet de reconstituer une partie du montage. L’avenue BAT, longue d’environ 1,115 km, faisait partie d’un ensemble de voiries confiées à Alliance des Bâtisseurs du Congo (ABC). Le rapport identifie le ministère des Infrastructures et Travaux publics comme maître d’ouvrage, l’Office des voiries et drainage (OVD) comme maître d’ouvrage délégué, ABC comme entreprise et le Bureau technique de contrôle (BTC) comme mission de contrôle. Le marché concernait au total environ 13,24 km de voiries à Kinshasa, pour un montant global d’environ 20 millions de dollars.

Jusque-là, l’organisation du projet semble identifiable. Mais un élément vient brouiller cette lecture. Lorsque le Cabinet du Gouverneur intervient le 6 août 2026 pour dénoncer les malfaçons et demander la reprise des travaux, sa correspondance est adressée à ABC. Pourtant, lorsque vient le moment de répondre techniquement sur la manière dont l’avenue BAT a été construite, ce n’est pas ABC qui apparaît dans les documents dont dispose Cœur d’Afrique. C’est Wagenia General Contractor (WG Contractor). Dans une correspondance datée du 3 septembre 2026, WG indique avoir effectivement exécuté les travaux concernés.

La distinction est loin d’être secondaire. Pourquoi ABC apparaît-elle comme titulaire du marché alors que. WG affirme avoir construit la route ? Plusieurs configurations contractuelles pourraient théoriquement expliquer l’intervention d’une autre entreprise : sous-traitance, partenariat, groupement ou autre convention. Mais à ce stade, les documents dont dispose Cœur d’Afrique ne permettent pas d’établir laquelle de ces situations s’appliquait à l’avenue BAT.

Si WG intervenait comme sous-traitante, une série de questions devient alors nécessaire : dans quelles conditions cette intervention avait-elle été organisée ? Était-elle formellement connue et approuvée dans le cadre du marché ? Quelle partie des travaux lui avait été confiée ? Et surtout, comment les responsabilités étaient-elles réparties entre l’entreprise titulaire du marché et celle qui réalisait physiquement les travaux ?Cette clarification est essentielle aujourd’hui. Car lorsqu’une administration demande la réparation d’un ouvrage dégradé, le titulaire du contrat, l’entreprise qui a exécuté les travaux et l’entité juridiquement responsable vis-à-vis de l’État peuvent relever de situations différentes. C’est précisément pourquoi les documents établissant le lien entre ABC et WG deviennent des pièces importantes du dossier.

Cœur d’Afrique a également constaté une autre limite : concernant ABC, notre enquête n’a pas encore obtenu de source publique suffisamment solide permettant d’établir avec certitude sa date de création, son expérience technique antérieure au marché ou les références ayant servi à sa qualification. Ces informations devraient notamment apparaître dans le dossier d’attribution, les documents d’entreprise et les références techniques déposées lors de la procédure. Il ne s’agit donc pas, à ce stade, d’affirmer qu’une irrégularité a été commise. Il s’agit d’identifier clairement la chaîne contractuelle. Qui a obtenu le marché ? Qui a réellement exécuté l’avenue BAT ? Sous quel contrat ? Avec quelle autorisation ? Et qui devait répondre techniquement et contractuellement de l’ouvrage ?

Mais cette question en entraîne une autre, potentiellement plus importante encore. Car WG affirme que certains travaux et essais réalisés sur l’avenue BAT auraient été contrôlés et validés par l’OVD et le BTC. Si les documents techniques confirment cette version, l’enquête ne pourra plus porter uniquement sur les entreprises ayant construit la route. Dans la partie 3 : Avenue BAT : si les travaux étaient contrôlés et validés, que savaient l’OVD et le BTC ?