Des engins avaient commencé à retirer la chaussée existante sur environ 300 mètres. Quelques heures plus tard, les opérations se sont arrêtées et les équipements ont quitté le chantier. L’axe reste néanmoins fermé, ce qui complique davantage la circulation dans cette partie de Kingabwa. Mais Cœur d’Afrique a recueilli de nouveaux témoignages qui, s’ils sont confirmés, pourraient donner une autre dimension à cet arrêt.

Selon des sources anonymes au sein des entreprises basées sur l'avenue Kingabwa, des responsables politiques auraient réclamé aux entreprises concernées le paiement de 300 000 dollars pour, disaient-ils, motiver les équipes pour que la route soit prise en charge dans les projets de réhabilitation et soit exécutée rapidement. Toujours selon ces sources, le refus de satisfaire à cette demande serait l’une des principales raisons de l’interruption du chantier moins de 48 heures après le lancement spectaculaire des travaux.

Cœur d’Afrique précise qu’à ce stade, cette allégation n’est étayée par aucun document permettant d’en établir la véracité. Notre rédaction n’est donc pas en mesure d’affirmer qu’une telle demande a effectivement été formulée, ni d’en attribuer la responsabilité à une personne déterminée. Les autorités et parties concernées doivent pouvoir apporter leur version sur ces accusations.

Mais l’arrêt des travaux soulève néanmoins des questions concrètes. Qui a ordonné le démarrage du chantier ? Quel était son financement ? Quelle entreprise avait été chargée de l’exécuter ? Pourquoi avoir fermé l’accès et décapé environ 300 mètres de chaussée avant de suspendre les opérations ? Et surtout, quelle décision officielle explique aujourd’hui l’arrêt du chantier ? Surtout parce que sur cette avenue, les entreprises qui y sont paient des millions de dollars chaque mois à titre d'impôts et de taxes au Trésor public.

Cette situation intervient alors que le dossier de l’avenue BAT accumule déjà beaucoup de zones d’ombre. Les premières fissures étaient publiquement signalées en 2023, avant la réception de l’ouvrage. En août 2026, le Cabinet du Gouverneur indiquait encore l’absence de réception provisoire ou définitive et exigeait la reconstruction des parties défectueuses avec une solution en béton armé.

Au terme de cette série, une certitude demeure : les responsabilités dans le dossier BAT ne peuvent être réduites à la seule entreprise qui a posé l’asphalte. Le marché, l’exécution, le contrôle, les choix techniques, la réception de l’ouvrage et désormais les circonstances entourant la tentative avortée de reprise des travaux doivent être examinés.

Cœur d’Afrique poursuivra ses investigations, notamment pour vérifier l’allégation relative aux 300 000 dollars, identifier les personnes qui auraient formulé cette demande et obtenir la version des autorités ainsi que celle des entreprises concernées. La route est fermée. Le bitume a été décapé. Les engins sont partis. Mais une question reste entière : qui bloque réellement la reconstruction de l’avenue BAT ?