Le paysage politique sénégalais bascule dans une nouvelle séquence. Quelques jours après avoir été écarté de la Primature par le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko a été élu mardi 26 mai à la tête de l’Assemblée nationale. Il devient ainsi la deuxième personnalité de l’État.
Sénégal-PASTEF à l’épreuve de lui-même : Évincé de la Primature, Sonko rebondit au perchoir

Ce revirement éclair révèle l’ampleur des frictions qui minent depuis plusieurs mois le duo du PASTEF, à l’origine de l’alternance de 2024. D’un côté, Bassirou Diomaye Faye s’oriente vers une gouvernance plus institutionnelle et pragmatique. De l’autre, Ousmane Sonko maintient une ligne souverainiste et radicale qui avait séduit une large partie de la jeunesse.
Dans son premier discours au perchoir, le nouveau président de l’Assemblée a dénoncé l’éviction de son parti des consultations préalables à la formation du gouvernement. « On ne peut pas faire du Pastef sans Pastef », a-t-il asséné, fustigeant au passage une dérive vers « l’hyper-présidentialisme ».
Au-delà des personnes, c’est une divergence stratégique sur l’économie qui affleure. Face à une dette importante et aux exigences des partenaires financiers, l’exécutif semble avoir mis en sourdine une partie du discours de rupture promis pendant la campagne. Les désaccords sur la dette, les contrats pétroliers et les réformes économiques ont élargi le fossé entre les deux camps.
Pour l’opinion publique, cette redistribution soulève des interrogations. Si Sonko a quitté la Primature, le PASTEF garde le contrôle des principales institutions. En passant à la présidence de l’Assemblée, son leader conserve un levier d’influence majeur et se positionne en contrepoids direct de l’exécutif.
Aux yeux de nombreux observateurs, il s’agit moins d’une rupture que d’une redistribution interne des rôles. Bassirou Diomaye Faye consolide son autorité à la tête de l’État, tandis que Sonko s’impose comme le centre de gravité du pouvoir législatif.
Le Sénégal s’achemine donc vers un pilotage à deux têtes au sein de la majorité, alors que le pays affronte de fortes tensions économiques et une attente sociale élevée.
L’opposition, absente du vote, y voit une dérive institutionnelle. Elle accuse le pouvoir de verrouiller l’ensemble des centres de décision.
Entre rivalité assumée, ajustement tactique et volonté de garder le contrôle, cette crise met en lumière les limites de l’unité qui avait porté le PASTEF au pouvoir. Chaque institution risque désormais de devenir l’arène d’un affrontement entre ambitions personnelles, enjeux économiques et maîtrise du pouvoir.
Mina Ibango
Journaliste
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