La réception de ces notifications par la Cour confirme l’entrée dans la phase opérationnelle d’un dossier annoncé depuis plusieurs mois. Le retrait n’est plus une simple intention, il est désormais acté dans les formes prévues par le Statut de Rome.

Une rupture politique assumée par l’AES

Dès l’automne 2025, les membres de l’Alliance des États du Sahel [AES] avaient fait part de leur volonté de quitter la Cour. Motif invoqué : une institution perçue comme un « instrument de répression néocoloniale ». Cette rupture affichée marque un éloignement assumé à l’égard de plusieurs mécanismes multilatéraux.

Sur le plan juridique, rien ne change immédiatement puisque l’article 127 du Statut de Rome est clair : le retrait ne prend effet qu’un an après l’enregistrement de la notification auprès du Secrétaire général de l’ONU.

Pendant cette période transitoire, le Mali, le Burkina Faso et le Niger restent pleinement tenus par leurs engagements. Ils doivent notamment continuer de coopérer avec la CPI pour tous les dossiers et procédures ouverts avant la date d’effet du retrait.

La compétence de la Cour reste également entière pour les crimes présumés commis alors que les trois États étaient encore parties au Statut. Les enquêtes en cours ne sont donc pas remises en cause par la procédure de retrait.

Vers une justice pénale sahélienne ?

Cette séquence juridique s’inscrit dans une reconfiguration politique plus vaste. Depuis la création de l’AES, les juntes au pouvoir multiplient les actes visant à reprendre la main sur leurs alliances et à affirmer leur souveraineté, en particulier dans les secteurs régaliens.

C’est dans ce même élan qu’apparaît le projet d’une « Cour pénale sahélienne des droits de l’homme ». Il s’agit de juger au niveau régional les crimes internationaux, le terrorisme et la criminalité transfrontalière dans l’espace AES.

Inquiétudes sur l’accès à la justice des victimes

L’annonce fait toutefois réagir. Plusieurs ONG de défense des droits humains redoutent qu’un départ de la CPI n’affaiblisse les recours internationaux dans une région déjà éprouvée par les conflits armés et les atteintes aux libertés fondamentales.

Au-delà de la question institutionnelle, le vrai défi sera celui de la crédibilité. Les futurs dispositifs régionaux devront démontrer leur capacité à rendre une justice indépendante, efficace et accessible aux victimes.

Au final, le choix des trois États sahéliens traduit une rupture politique nette avec la CPI. Mais juridiquement, le processus reste encadré et étalé dans le temps. Le droit international continuera de s’appliquer pendant plusieurs mois, dans l’attente d’un éventuel nouveau cadre judiciaire régional.