Le 30 août 2023 demeure la date charnière de sa trajectoire. Renversé quelques heures seulement après l’annonce de sa réélection, Ali Bongo assure avoir choisi la retenue pour éviter un bain de sang. Aucune fonction, dit-il, ne valait que du sang gabonais soit versé.

Cet épisode reste, trois ans après, marqué par une profonde rupture de confiance. L’ancien chef de l’État évoque sa relation avec Brice Clotaire Oligui Nguema, alors patron de la Garde républicaine et aujourd’hui président de la République. Il rappelle la proximité qui liait sa famille au général avant les événements, tout en laissant à l’Histoire le soin d’en juger.

Cette prise de parole est aussi l’occasion pour lui de reprendre le contrôle de son récit. Il réfute notamment l’idée d’une gouvernance exercée par procuration après son AVC de 2018. Ni son épouse Sylvia Bongo, ni son fils Noureddin n’auraient, selon lui, dirigé le pays à sa place. Il se présente comme le seul décideur resté à la tête de l’État et renvoie les accusations contre ses proches aux procédures judiciaires en cours.

Concernant son bilan, le ton se fait plus nuancé. Ali Bongo met en avant les chantiers d’infrastructures, son engagement pour la préservation des forêts et les avancées en matière d’égalité. Il reconnaît toutefois des erreurs de casting parmi ses collaborateurs et des dossiers qui auraient dû être traités avec plus de célérité. Évoquant les violences post-électorales de 2016, il admet qu’un dialogue plus poussé aurait pu empêcher l’escalade.

L’annonce la plus forte porte sur son avenir. L’ancien président affirme qu’il ne briguera plus aucun mandat électif. Il entend cependant assurer la transition au sein du Parti démocratique gabonais (PDG) en accompagnant l’émergence d’une nouvelle génération avant de se retirer progressivement. Un retrait des urnes donc, mais pas une sortie immédiate du jeu politique.

Aujourd’hui installé à l’étranger, Ali Bongo dit vouloir revenir au Gabon. Un retour qu’il conditionne à des garanties de sécurité et au respect de l’État de droit pour lui-même et sa famille. Déchu du pouvoir, l’ex-chef de l’État tente désormais de baliser son héritage : renoncer à la reconquête du fauteuil présidentiel, transmettre son parti et, à terme, retrouver son pays.