Au lendemain de l’annonce du Front pour la refondation de la nation (FRN), placé sous la direction de Joseph Kabila et regroupant notamment les dirigeants de l’AFC/M23, la réaction de la CENCO reste attendue. Cette recomposition politico-militaire mérite pourtant une parole claire : le changement d’appellation ne règle ni la question du recours aux armes ni celle des responsabilités dans la crise congolaise.
Face au FRN de Kabila, le silence de la CENCO interroge

Ce silence interroge d’autant plus que la conférence épiscopale occupe une place importante dans le débat national. Lorsqu’elle critique le pouvoir, elle invoque des principes : la justice, la paix, la démocratie et la dignité humaine. Ces mêmes principes devraient guider sa réaction face à une coalition qui entend imposer son projet politique par la force.
La CENCO a pleinement le droit de contester les décisions de Félix Tshisekedi. Mais cette liberté de parole l’oblige aussi à une exigence de cohérence. Les insuffisances supposées et/ou prouvées du gouvernement ne donnent aucun droit à ses adversaires de prendre les armes. Une autorité morale doit pouvoir rappeler ces deux vérités avec la même fermeté.
Le FRN ne peut donc bénéficier d’une indulgence liée au prestige des relations antérieures entre ses dirigeants et certains dirigeants de la CENCO. Le statut d’ancien président de Joseph Kabila appelle même une responsabilité particulière. Avoir dirigé le pays devrait imposer de mesurer ce que signifie, pour une population éprouvée, le choix d’une entreprise politico-militaire.
Certes, l’absence d’une réaction immédiate ne suffit pas à établir une complaisance. Mais une parole qui tarde laisse le terrain aux soupçons. Surtout quand on sait la difficulté qu'a eue la CENCO par le passé pour critiquer le M23 et l'agresseur rwandais sous couvert de recherche de la paix. La CENCO doit donc parler ; son silence renforce, chez ses critiques, le sentiment que l’institution trouve plus facilement ses mots face à Kinshasa que face aux dirigeants des rébellions et des agressions.
Les évêques ne peuvent ignorer cette perception. Leur crédibilité dépend aussi de leur capacité à dissiper l’impression d’une indignation sélective. La médiation exige d’écouter les protagonistes ; elle n’impose pas de suspendre tout jugement sur leurs actes. On peut rechercher le dialogue et condamner clairement le recours aux armes.
La question est donc simple : la CENCO dénoncera-t-elle cette nouvelle coalition avec la fermeté qu’exige sa mission morale ? Les Congolais attendent une position intelligible, qui place leur sécurité et leur dignité au-dessus des affinités politiques.
Changer de nom ne suffit pas à rendre une rébellion respectable. Et laisser cette opération sans réponse expose la CENCO à une question qu’elle ne pourra durablement esquiver : pourquoi une parole si forte dans certaines circonstances devient-elle si hésitante dans d’autres ?
Sarah K.
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