Mais derrière cette condamnation se dessine une diplomatie prudente, qui continue de soulever des interrogations sur la cohérence des positions européennes. La déclaration rappelle la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, exigeant notamment le retrait des forces rwandaises du territoire congolais et la cessation du soutien au M23.

Pourtant, au lieu de placer clairement la responsabilité de Kigali au centre de leur message politique, les signataires privilégient une formulation diplomatique qui renvoie aux obligations déjà établies par les Nations unies, donnant ainsi l’impression de mettre Kinshasa et Kigali dos à dos.

L'Europe dit condamner le recours à la violence du FRN, mais demeure beaucoup moins incisive lorsqu'il s'agit d'exercer une pression concrète sur le Rwanda. Cette différence de ton alimente les interrogations quant à sa volonté de contribuer réellement à la fin du conflit.

Les FDLR, un prétexte qui revient sans cesse

Plus surprenant encore, le GCI insiste sur la nécessité pour le gouvernement congolais de présenter un calendrier précis pour la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Pourtant, Kinshasa a déjà présenté un plan de neutralisation de ce groupe armé, dans le cadre des engagements sécuritaires négociés avec Kigali. Un plan que Washington a salué comme une avancée dans les obligations de Kinshasa dans le cadre de l’accord de Washington.

Pourquoi l’Europe réclame un nouveau calendrier au lieu d'accompagner la mise en œuvre des mécanismes existants ? Cette insistance laisse penser que les propositions congolaises ne satisfont toujours pas aux membres de la GCI, une position qui rejoint malheureusement les exigences déjà assez répétées par Kigali. La question mérite d'être posée autrement : pourquoi les Nations unies ne constitueraient-elles pas, avec l'accord de Kinshasa, un mécanisme opérationnel conjoint chargé d'identifier, de désarmer et de rapatrier les combattants FDLR ? Une telle initiative permettrait de vérifier concrètement l'ampleur de cette menace et de retirer à Kigali l'un des principaux arguments sécuritaires invoqués pour justifier ses interventions en RDC.

D'autant que le discours rwandais sur les FDLR a considérablement évolué au fil des années. Présenté à certaines périodes comme un groupe considérablement affaibli, il redevient régulièrement, dans la communication officielle rwandaise, une menace majeure justifiant des opérations militaires au Congo. Cette contradiction mérite un examen indépendant.

Un dialogue exigé, mais à quelles conditions ?

L'autre élément préoccupant de cette déclaration concerne l'appel à un dialogue intercongolais inclusif. Cette revendication rejoint précisément celle du FRN et de plusieurs acteurs opposés au pouvoir de Kinshasa. En insistant sur le dialogue politique alors que des forces étrangères sont accusées de soutenir une rébellion armée sur le territoire congolais, les partenaires internationaux prennent le risque de déplacer le centre du débat. Le problème d'une intervention militaire étrangère pourrait progressivement être présenté comme une simple crise politique interne.

Personne ne conteste la nécessité du dialogue entre Congolais. Mais celui-ci ne saurait se substituer aux obligations internationales du Rwanda ni devenir une condition préalable au retrait de ses troupes. La déclaration du GCI révèle ainsi les limites d'une diplomatie européenne qui condamne les violences, rappelle les résolutions internationales, mais peine encore à traduire ses positions en mesures contraignantes.

Alors que Washington a choisi de renforcer la pression sur les structures militaires et financières rwandaises, l'Europe continue de privilégier les appels, les calendriers et les négociations. La véritable question n'est donc plus de savoir si l'Europe reconnaît la gravité de la situation dans l'est du Congo, mais pourquoi cette reconnaissance ne se traduit pas par une action diplomatique et économique plus ferme à l'égard de Kigali.