Dans un entretien avec Israël Mutombo, Léon Mulumba affirme que la ville n’aurait reçu que 4 millions de dollars du gouvernement central en deux ans, tandis que le Service national bénéficierait de 12 millions de dollars chaque mois. Il accuse cette structure de privilégier TikTok aux résultats sur le terrain et prétend qu’il pourrait réaliser dix fois plus avec les mêmes moyens.

Les montants avancés restent à vérifier. Mais ce qui frappe dans cette sortie médiatique, c’est la place centrale qu’occupe l’argent dans le discours du ministre. On entend beaucoup parler de ce que reçoit le Service national, beaucoup moins de ce que le gouvernement provincial fait avec ses propres ressources.

Depuis quand l’assainissement d’une capitale est-il devenu une responsabilité que l’on ne peut assumer qu’à condition de recevoir des millions supplémentaires du gouvernement central ?

Kinshasa dispose d’un gouvernement, d’un budget, de recettes propres, de services techniques et de 24 administrations communales. À quoi servent toutes ces structures si la propreté de la ville doit dépendre d’une intervention exceptionnelle de la présidence de la République ?

Le Service national n’a jamais eu vocation à remplacer définitivement les autorités urbaines. Ses interventions doivent permettre de dégager les artères, curer les caniveaux et remettre certains espaces en état. La responsabilité de préserver ces acquis revient ensuite aux communes, aux quartiers et au gouvernement provincial.

Or, dans plusieurs endroits, les déchets réapparaissent après les opérations de nettoyage. Est-ce simplement le résultat de l’incivisme des habitants, de l’absence de suivi ou d’une défaillance de coordination entre les institutions ? Les rivalités actuelles favorisent-elles des comportements qui compromettent les travaux réalisés ? La question mérite une enquête, sans conclure à un sabotage en l’absence de preuves.

Mais il existe une interrogation plus fondamentale : pourquoi semble-t-on davantage préoccupé par les moyens attribués à celui qui nettoie que par la responsabilité de celui qui doit maintenir la propreté ?

Léon Mulumba affirme pouvoir faire dix fois mieux que le Service national. Voilà une déclaration qui mérite d’être prise au sérieux. Mais sur quels moyens, quelle stratégie, quels indicateurs et quel bilan repose cette assurance ? Les Kinois seraient certainement intéressés de découvrir le programme qui permettrait de multiplier par dix les résultats obtenus.

Et pourquoi ne pas comparer Kinshasa à Lubumbashi ou Mbuji-Mayi ? Combien ces villes reçoivent-elles du gouvernement central pour leur assainissement ? Quelle part de leurs ressources propres y consacrent-elles ? Ces chiffres doivent être établis avant toute comparaison, mais la question est pertinente.

Le président Félix Tshisekedi a mis en place une Task Force pour renforcer l’assainissement de Kinshasa. Cette intervention ne devrait pas devenir un nouveau terrain de compétition entre responsables publics. Elle devrait au contraire encourager une meilleure coordination, chaque institution assumant la part de responsabilité qui lui revient.

Une ville ne devient pas propre parce qu’on y injecte continuellement des millions. Elle devient propre lorsque ses dirigeants mettent en place un système capable de prévenir, collecter, évacuer et traiter durablement les déchets.

Le problème de Kinshasa ne peut donc pas être réduit à une bataille de chiffres entre Léon Mulumba et Kasongo Kabwik. Il est aussi celui d’une gouvernance qui peine à transformer les interventions ponctuelles en résultats durables.

Les Kinois ne demandent pas à savoir qui, du gouverneur Daniel Bumba ou du commandant du Service national, contrôle le plus gros budget. Ils veulent simplement pouvoir circuler dans une ville propre.

À force de regarder les millions reçus par les autres, on risque d’oublier les responsabilités que l’on est soi-même payé pour assumer.