Ces éléments soulèvent une question politique majeure : pourquoi Kigali continue-t-il de bénéficier de partenariats privilégiés avec certains pays européens, notamment la France, malgré son rôle documenté dans le conflit à l’est de la RDC ?

Des rapprochements documentés entre les ADF et l’AFC/M23

Le rapport Gold-Backed Brutality, publié en octobre 2026 par The Sentry, révèle comment les ADF, organisation affiliée à l’État islamique, financent leurs activités meurtrières grâce à l’exploitation de l’or congolais et aux réseaux commerciaux régionaux.

Mais les ramifications de cette crise dépassent les seuls circuits financiers.

Dans son rapport S/2024/969, aux paragraphes 27 à 29, le Groupe d’experts des Nations unies documente des démarches de rapprochement entre des réseaux liés aux ADF et l’AFC/M23. Selon les informations recueillies, des représentants proches de cette coalition ont cherché à négocier un pacte de non-agression avec les ADF, des passages sécurisés et une limitation des attaques contre les forces congolaises. Le chef des ADF aurait toutefois refusé une proposition de collaboration.

Ces révélations sont politiquement lourdes de conséquences.

Elles montrent que des contacts ont été recherchés entre une organisation terroriste responsable de massacres de civils et une coalition rebelle bénéficiant du soutien militaire rwandais, largement documenté par les Nations unies.

Le Rwanda ne peut donc être considéré comme un acteur extérieur à ces dynamiques régionales, même si ces éléments ne démontrent pas que Kigali commande ou finance les ADF.

La multiplication des fronts armés, les déplacements de combattants et les intérêts économiques transfrontaliers contribuent à entretenir une insécurité dont les populations congolaises paient le prix.

La France et l’Europe face à leurs contradictions

Pendant que les rapports internationaux exposent ces réalités, Kigali continue d’entretenir d’importantes relations diplomatiques et économiques avec plusieurs partenaires européens, dont la France.

Le rapprochement entre Paris et Kigali ne saurait faire oublier les conclusions des experts des Nations unies concernant le soutien militaire rwandais au M23.

Comment défendre la souveraineté de la RDC tout en poursuivant une coopération avec un gouvernement dont les forces ont été mises en cause dans l’expansion territoriale de cette rébellion ?

Comment prétendre combattre le terrorisme et protéger les civils sans examiner avec la même rigueur les tentatives de rapprochement entre groupes armés et les réseaux régionaux qui contribuent à leur survie ?

La France et les autres partenaires européens du Rwanda doivent répondre à ces interrogations autrement que par des déclarations de principe.

Il ne s’agit pas d’affirmer que Paris soutient les ADF, mais d’exiger que ses relations avec Kigali s’accompagnent d’une véritable responsabilité diplomatique.

La lutte contre le terrorisme ne peut être crédible si les démarches de rapprochement entre groupes armés sont ignorées au nom des intérêts stratégiques.

Les révélations de The Sentry et des Nations unies appellent ainsi à une lecture plus globale du conflit congolais, dans laquelle les responsabilités des acteurs régionaux ne sont ni minimisées ni diluées.

Pour les populations de l’est de la RDC, la question est désormais simple : combien de rapports faudra-t-il encore pour que les partenaires internationaux traduisent leurs engagements en actes concrets ?

La souveraineté congolaise ne doit pas devenir une variable d’ajustement des alliances diplomatiques européennes.