Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, le président rwandais Paul Kagamé ne se limite pas à nier toute implication de Kigali dans le conflit à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Il établit un lien direct entre le mouvement AFC/M23 et l’ex-chef de l’État congolais Joseph Kabila, une déclaration lourde de sens dans un contexte politique déjà fortement polarisé.
À Kinshasa, le président Félix Tshisekedi avait depuis plusieurs années identifié son prédécesseur et son réseau comme au cœur de la dynamique de l’AFC. Cette convergence entre Kigali et Kinshasa sur le rôle de l’ancien chef de l’État révèle toutefois une contradiction. Quelques jours avant l’interview du dirigeant rwandais, Joseph Kabila affirmait au New York Times rejeter toute association avec le M23. Deux discours distincts, visant des publics stratégiques différents, Washington d’un côté, l’espace francophone et africain de l’autre.
Cette tension survient alors que l’ancien président congolais est désormais condamné à la peine de mort par la justice de Kinshasa, ce qui redéfinit radicalement la lecture politique de la crise. En associant Kabila au M23, Kagamé ne se contente pas d’analyser la situation. Il confère une légitimité indirecte à une figure désormais considérée comme ennemie de l’État congolais.
Parallèlement, le président rwandais maintient une position ferme face aux pressions internationales. Malgré les sanctions américaines visant les Forces de défense rwandaises, Kigali refuse toute concession unilatérale. Kagamé affirme qu’il ne lèvera pas ses “mesures de défense”, marquant ainsi une opposition claire aux injonctions de Washington.
Mais c’est peut-être sur le plan politique interne que se joue l’essentiel. En ouvrant la porte à “tous ceux qui souhaitent contribuer à un Congo stable”, Paul Kagamé envoie un signal implicite, une critique subtile du gouvernement Tshisekedi, régulièrement présenté par Kigali comme un facteur de blocage.
Pris dans leur ensemble, ces éléments dessinent une séquence plus stratégique qu’il n’y paraît. Tandis que Joseph Kabila s’adresse à l’opinion américaine pour se dissocier du M23, le dirigeant du Rwanda redéfinit les responsabilités et repositionne les acteurs à travers un média influent. Deux discours, deux scènes, mais un même effet : déplacer le centre de gravité du conflit vers une crise politique interne à la RDC.
Derrière les déclarations officielles se dessine ainsi une guerre de communication où chaque acteur tente d’imposer son récit au niveau international. Reste à savoir si ces divergences relèvent d’un simple décalage de discours ou annoncent un réalignement plus profond des forces politiques autour de l’Est congolais.



















