Il s’agit d’une lecture venue de l’intérieur du parti, qui met en lumière des dysfonctionnements profonds. Dans sa tribune, Matamba Lukasu pose une question centrale : pourquoi les cadres de l’UDPS se retrouvent-ils régulièrement exposés à des offensives politiques sans bénéficier d’un soutien structuré de leur propre parti ?

L’auteur s’appuie notamment sur le précédent de Daniel Aselo, confronté en 2022 à une motion de défiance fondée sur des accusations très similaires à celles visant aujourd’hui Shabani. Insécurité persistante, gouvernance des provinces contestée, attentes sociales non satisfaites : les griefs changent peu, les visages évoluent, mais le schéma se répète. Pour Matamba, cette répétition ne relève pas du hasard, mais d’un problème structurel.

Plus troublant encore, il rappelle que certaines initiatives parlementaires ont été soutenues par des députés issus de l’UDPS elle-même. Le cas du ministre des Infrastructures, Alexis Gisaro, visé par une motion ayant recueilli des signatures de la majorité, dont celles de membres de l’UDPS, en est une illustration. Une situation qui, selon lui, traduit une réalité inquiétante : le parti devient parfois le point de départ des offensives contre ses propres membres. Le cas Shabani ne ferait donc pas exception, certains observateurs évoquant des dynamiques internes qui expliqueraient le silence relatif des cadres du parti, à quelques exceptions près.

La tribune insiste aussi sur un élément clé : le silence du parti en tant qu’organisation. Là où d’autres formations politiques mobilisent rapidement leurs structures pour défendre leurs cadres, l’UDPS semble hésiter, voire s’effacer. Une attitude également dénoncée par Christian Lumu Lukusa, qui évoque un manque de solidarité et suggère que ce silence pourrait être interprété comme une forme de complicité, notamment de la part des actuels gestionnaires du parti.

Mais Lukasu va plus loin en identifiant les causes de cette situation. Il évoque des tensions internes persistantes, illustrées par les affrontements politiques autour des élections au Sankuru, impliquant des figures comme Augustin Kabuya, le professeur Mbata et le gouverneur Lodi, tous membres de l’UDPS. Il mentionne également certains incidents politiques ayant marqué cette période, sans en tirer de conclusion définitive, mais en s’interrogeant sur leur impact sur la détérioration du climat interne. Pour lui, ces rivalités affaiblissent la cohésion du parti et rendent ses cadres plus vulnérables sur la scène nationale.

Cette fragmentation a une conséquence directe : elle modifie les équilibres au sein de la majorité. Face à un parti perçu comme instable, les partenaires politiques privilégient de plus en plus un dialogue direct avec le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, contournant ainsi les structures partisanes traditionnelles.

Au final, la tribune de Matamba Lukasu agit comme un révélateur. Elle ne se contente pas de commenter une crise, elle expose un malaise interne. Et venant d’un cadre du parti présidentiel, elle pose une question lourde de conséquences : l’UDPS est-il encore capable de se structurer comme un bloc politique cohérent ?

Car au-delà de la motion contre Shabani, c’est bien l’avenir de la cohésion du parti au pouvoir qui se joue. Tant que ces fractures internes ne seront pas résolues, chaque nouvelle crise risque de confirmer une réalité déjà perceptible : celle d’un pouvoir confronté à ses propres tensions. Si les brèches ne sont pas rapidement colmatées, d’autres initiatives similaires pourraient émerger, visant à nouveau des membres du gouvernement.

La question reste donc ouverte : combien de temps ce déséquilibre pourra-t-il durer ?

Qui vivra verra!