Depuis plusieurs années, la CENCO s’exprime régulièrement sur la gouvernance, les élections, les droits de l’homme et les dérives du pouvoir politique. Cette liberté de ton est légitime. Elle est même indispensable dans une démocratie.

Une question s’impose pourtant :

Pourquoi entend-on si peu de déclarations d’une même fermeté lorsque les rapports successifs du Groupe d’experts des Nations Unies établissent les responsabilités du M23, documentent le soutien du Rwanda à cette rébellion et mentionnent les contacts entre Joseph Kabila et les dirigeants de l’AFC/M23 ?

Le dernier rapport ne se fonde pas sur des rumeurs de réseaux sociaux. Il émane d’un mécanisme officiel de l’ONU. Il décrit des rencontres, des déplacements et des convergences d’objectifs entre la plateforme politique de Joseph Kabila et l’AFC/M23. Ce sont des accusations d’une extrême gravité, alors qu’une partie du territoire national reste occupée. Face à cela, le silence est quasi général.

Ce mutisme interpelle d’autant plus que la CENCO n’hésite jamais à réagir vite pour dénoncer les insuffisances du gouvernement ou pour appeler au dialogue politique.

Or, le dialogue ne peut pas être une fin en soi. Comme l’a résumé Mathias Kabeya avec une image désormais célèbre, la République ressemble aujourd’hui à une maison attaquée. L’un des frères est accusé de complicité avec le voisin qui veut s’emparer de la maison. Une partie de celle-ci est déjà occupée. Des milliers de personnes ont été tuées, des millions déplacées. Dans un tel contexte, l’urgence est-elle d’organiser une réunion de famille ou de dénoncer celui qui participe à la destruction de la maison ?

La question mérite d’être posée

Certains objecteront que l’Église a vocation à parler à tous : aux pécheurs, aux rebelles, aux responsables politiques. C’est exact. Le Christ lui-même dialoguait avec tout le monde.

Mais le Christ ne plaçait jamais la victime et son bourreau sur le même plan. Il appelait d’abord le pécheur à la conversion, avant de lui proposer la réconciliation.

C’est précisément cette exigence que beaucoup de Congolais ne retrouvent plus aujourd’hui dans le discours de leurs pasteurs.

Cette perception explique sans doute les frondes internes. À Kananga, des prêtres ont contesté publiquement la position de la CENCO sur la Constitution. L’abbé Blaise Kanda, en les soutenant, a élargi le débat. Au-delà de la question constitutionnelle, une interrogation plus profonde émerge : l’Église fait-elle preuve de la même rigueur morale avec tous les acteurs de la crise congolaise ?

Personne ne demande à la CENCO de se transformer en parti politique. Au contraire. Mais dès qu’elle entre dans le débat public, sa crédibilité tient à l’équilibre de sa parole. Une autorité morale perçue comme sélective finit par perdre de son influence.

Les Congolais n’attendent pas une Église alignée sur le pouvoir. Ils n’attendent pas non plus une Église alignée sur l’opposition. Ils attendent une Église alignée sur la vérité.

Et quand cette vérité est établie dans des rapports internationaux, le silence peut résonner plus fort que tous les discours.