En évoquant ceux qui veulent en finir avec le M23, Kagame franchit une ligne intéressante. Dans son raisonnement, la disparition du mouvement rebelle serait, en réalité, le prélude à une attaque contre le Rwanda lui-même. Une assimilation pour le moins troublante venant d’un pouvoir qui, pendant longtemps, s’est employé à présenter le M23 comme une affaire congolaise.

Comment expliquer qu’un mouvement prétendument congolais soit devenu, dans la bouche du président rwandais, une question touchant presque à la survie de son propre pays ?

C’est peut-être la plus grande révélation de cette intervention. À force de vouloir justifier la posture sécuritaire du Rwanda, Kagame finit par brouiller lui-même la frontière entre Kigali et le M23. Il donne ainsi davantage de poids à ceux qui soutiennent depuis des années que la rébellion congolaise ne peut être comprise sans considérer le rôle du Rwanda, largement documenté par les experts des Nations unies.

Mais le problème dépasse désormais Kagame. Cette insolence affichée publiquement est aussi le résultat d’un environnement international qui lui a appris qu’il pouvait aller toujours plus loin sans véritablement en payer le prix. Condamnations, déclarations de préoccupation, appels à la désescalade : Kigali connaît désormais parfaitement cette musique diplomatique.

Pendant ce temps, certaines puissances occidentales, notamment la France et la Grande-Bretagne, continuent d’entretenir des relations avec le Rwanda sans exercer, aux yeux de nombreux Congolais, une pression proportionnelle à la gravité des accusations portées contre Kigali. Et lorsque la situation devient intenable, c’est encore à Kinshasa que l’on demande de dialoguer avec le M23.

Voilà toute l’incohérence. On demande à la victime présumée d’une agression de négocier avec le mouvement armé qui occupe une partie de son territoire, pendant que l’État accusé de soutenir ce mouvement continue de bénéficier d’une marge de manœuvre diplomatique considérable. Kagame l’a compris. Et c’est précisément ce qui nourrit son assurance.

Son dernier discours n’est donc peut-être pas simplement un moment d’égarement verbal. Il est le reflet d’un sentiment d’impunité construit au fil des années. Kagame parle ainsi parce qu’il semble convaincu que les condamnations finiront par passer, que les intérêts géopolitiques reprendront le dessus et que, tôt ou tard, la pression internationale se déplacera à nouveau vers Kinshasa pour exiger davantage de concessions.

L’insolence de Kagame n’est pas née toute seule. Elle a prospéré dans le silence, les hésitations et les contradictions d’une communauté internationale qui condamne Kigali d’une main, tout en continuant trop souvent à le ménager de l’autre.