« Très bientôt, je vais déclarer que le détroit d’Ormuz est un territoire des États-Unis », a-t-il lancé. Puis il a enfoncé le clou : « Nous avons instauré un blocus. Aucun navire ne passe sans notre autorisation. »

La déclaration frappe fort. Les faits sont plus complexes.

Le détroit est bel et bien quasi paralysé. Selon Reuters, le trafic s’est effondré ces derniers jours. Jeudi, seulement neuf navires de marchandises l’ont traversé, contre cinq la veille. Depuis le début d’août, la moyenne plafonne à une douzaine par jour. Et détail qui compte : la plupart de ces navires passent par des couloirs sous influence iranienne.

Côté pétroliers, c’est le point mort. Reuters relève seulement deux passages de tankers et aucun transport de brut dans les données analysées. Avant la crise, Ormuz était l’une des artères vitales de l’économie mondiale : près de 20 % du pétrole de la planète y transitait.

Sur un point, Trump dit vrai : traverser Ormuz est devenu extrêmement difficile et le trafic normal a presque disparu.
Sur l’autre, son affirmation est plus fragile. Rien ne prouve que Washington autorise ou interdit chaque passage.

Les États-Unis mènent bien un blocus contre les ports et navires liés à l’Iran. Ils disent pouvoir le maintenir indéfiniment. Mais Téhéran n’a pas désarmé. L’Iran conserve une capacité réelle à dissuader, voire à bloquer la navigation internationale.

Et Téhéran le revendique. Les autorités iraniennes conditionnent toute réouverture totale du détroit à leurs propres exigences. Le danger est concret : les Émirats arabes unis accusent l’Iran d’avoir attaqué plusieurs navires d’ADNOC dans la zone.

On est donc moins face à un contrôle américain exclusif qu’à un double verrouillage. Washington a la puissance pour couper les flux iraniens. L’Iran a les moyens de rendre la navigation commerciale extrêmement risquée.

D’où le rôle central des discussions avec Oman. Un accord entre Téhéran et Mascate sur la gestion du détroit apparaît comme la seule voie pour relancer un trafic pétrolier normal.

En définitive, Trump décrit justement la quasi-paralysie d’Ormuz. Mais il extrapole quand il affirme que Washington décide seul de qui entre et qui sort.

Le paradoxe est là : les États-Unis disent contrôler Ormuz. L’Iran dit la même chose. Or aucun des deux ne peut, à lui seul, garantir le retour à une navigation sûre.
Et pour l’économie mondiale, c’est précisément cette incertitude qui fait le plus de dégâts.