La course à la succession d’António Guterres s’intensifie dans les sphères diplomatiques. Le Burundi, qui assure la présidence tournante de l’Union africaine, a officiellement proposé la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU).

Au-delà d’une simple proposition, cette initiative s’inscrit dans une ambition plus large, celle de repositionner l’Afrique au cœur du système multilatéral, à un moment où les équilibres mondiaux sont en pleine recomposition.

Depuis la création de l’ONU en 1945, deux Africains ont dirigé l’institution. Il s'agit de Boutros Boutros-Ghali (1992 et 1996) et Kofi Annan (1997 et 2006). Ce précédent nourrit aujourd’hui l’argument d’une représentativité accrue du continent au sommet de la gouvernance mondiale.

En portant Macky Sall, le Burundi envoie un signal politique, lequel l’Afrique entend peser davantage dans les décisions globales, alors même qu’elle reste souvent en périphérie des centres de pouvoir internationaux.

-Une bataille diplomatique sous haute contrainte-

La désignation du Secrétaire général repose sur un processus complexe. Le Conseil de sécurité recommande un candidat à l’Assemblée générale, mais les cinq membres permanents à savoir les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie et la Chine disposent chacun d’un droit de veto.

Dans ce contexte, la compétition ne se joue pas sur la popularité ou le prestige personnel, mais sur la capacité à fédérer des soutiens transversaux et à rassurer les grandes puissances. Les négociations se déroulent loin des caméras, dans les échanges bilatéraux et les compromis stratégiques.

Macky Sall, président du Sénégal de 2012 à 2024, met en avant une expérience reconnue dans la gestion des affaires d’État et une présence active sur la scène africaine et internationale. Il a notamment participé à plusieurs médiations régionales et forums multilatéraux.

Toutefois, sa fin de mandat, marquée par des tensions politiques internes, pourrait susciter des interrogations au sein de certaines chancelleries. Par ailleurs, Dakar ne s’est pas encore officiellement exprimé sur la proposition burundaise, un silence diplomatique qui alimente les spéculations.

D’autres noms circulent dans les milieux diplomatiques, parmi lesquels Michelle Bachelet ou Rafael Grossi, actuel directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Chaque profil répond à des équilibres régionaux et géopolitiques distincts.

-L’Afrique face à son propre défi-

Au-delà des ambitions individuelles, cette séquence constitue un test pour l’unité africaine. Le continent saura-t-il parler d’une seule voix et transformer une proposition politique en dynamique collective crédible ? L’histoire des grandes échéances multilatérales montre que la cohésion régionale demeure un facteur décisif.

À plusieurs mois de l’échéance, rien n’est joué. Mais la candidature portée par le Burundi a déjà le mérite de replacer l’Afrique dans le débat stratégique mondial. Reste à savoir si cette initiative se traduira par une percée diplomatique ou si, une fois encore, la realpolitik des grandes puissances primera sur le principe d’équilibre régional.