La décision des États-Unis d’imposer des sanctions contre les Forces de défense rwandaises (RDF) et plusieurs de leurs hauts responsables a provoqué des réactions diamétralement opposées à Kinshasa et à Kigali.

Dans un communiqué publié lundi 2 mars, le gouvernement de la République démocratique du Congo a accueilli favorablement les mesures annoncées par Washington, visant des responsables rwandais accusés d’“implication directe aux côtés du Mouvement du 23 mars (M23) dans la conduite des opérations militaires sur le territoire congolais”.

Pour les autorités congolaises, ces sanctions constituent “un signal clair en faveur du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale”, susceptible de marquer un infléchissement dans la dynamique diplomatique régionale.

L’administration du président Félix Tshisekedi y voit également une opportunité de consolider l’autorité de l’État dans l’est du pays, en proie à des violences persistantes. Kinshasa rappelle que la stabilisation durable de la région des Grands Lacs passe par “la cessation de tout appui aux groupes armés, le respect strict de la souveraineté des États et l’observation des principes du droit international”.

Le gouvernement congolais estime par ailleurs que la décision américaine traduit un alignement entre les engagements diplomatiques et les réalités du terrain. Le pouvoir de Kinshasa a exprimé sa reconnaissance à Washington pour “son implication constante et son leadership” dans les efforts visant à restaurer la paix en RDC et dans l’ensemble de la région.

Kigali conteste et parle de mesures “biaisées”

À l’inverse, le Rwanda a vivement critiqué ces sanctions, qu’il qualifie d’ “unilatérales” et “fondées sur une lecture déformée du conflit”. Kigali estime que ces mesures ciblent injustement une seule partie et “dénaturent la réalité” de la situation sécuritaire dans l’est congolais.

Les autorités rwandaises dénoncent notamment des violations présumées des accords de cessez-le-feu, évoquant “des attaques de drones constantes et indiscriminées” ainsi que des offensives terrestres ayant causé de lourdes pertes humaines.

Kigali affirme également que la coalition gouvernementale congolaise comprendrait “des mercenaires étrangers”, des milices locales telles que les “Wazalendo”, ainsi que les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qualifiées par l'administration de Paul Kagame de “milice génocidaire”, opérant aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

Malgré ses critiques, le gouvernement rwandais se dit “pleinement engagé” en faveur du désengagement de ses forces, conditionné selon lui à la mise en œuvre par la RDC de ses propres engagements sécuritaires. Le Rwanda affirme soutenir la reprise du processus lié aux accords de Washington, notamment à travers le comité conjoint de supervision, et appelle à une approche “équilibrée” de la part des partenaires internationaux.

Ces positions contrastées illustrent la profondeur des divergences entre les deux capitales, alors que la communauté internationale tente de relancer les mécanismes de désescalade. Dans une région où la diplomatie avance au rythme des rapports de force, les sanctions américaines pourraient redéfinir certains équilibres sans pour autant garantir, à court terme, une sortie de crise durable.