Invité samedi à un Space animé par le journaliste Stanis Bujakera, l’ancien responsable du FRIVAO a admis ne pas être en mesure de préciser avec exactitude l’affectation de l’ensemble des fonds déjà reçus par l’État congolais. Un aveu qui relance le débat sur la transparence de ce programme d’indemnisation destiné aux victimes du conflit ayant ensanglanté Kisangani en juin 2000.

À ce jour, la RDC a déjà perçu quatre tranches de 65 millions de dollars chacune, soit un total de 260 millions de dollars sur les 325 millions accordés par la Cour internationale de Justice (CIJ) au titre des réparations dues par l’Ouganda.

Selon les chiffres avancés par Mgr Mwarabu, environ 28 millions de dollars ont été versés aux victimes. À ce montant s’ajoutent 9 millions de dollars dont les traces ont été retrouvées dans les comptes du Fonds ainsi que 2,6 millions de dollars transférés au ministère de la Justice sous l’ancienne ministre Rose Mutombo. Au total, près de 37 millions de dollars peuvent être justifiés, laissant sans explication détaillée quelque 223 millions de dollars déjà décaissés.

Ces révélations alimentent les inquiétudes au sein de l’opinion publique, particulièrement à Kisangani, où de nombreuses victimes continuent d’attendre une réparation effective des préjudices subis. Plus de deux décennies après les affrontements entre les armées ougandaise et rwandaise, les attentes restent immenses tandis que les résultats du processus d’indemnisation demeurent contestés.

Le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo, Mateus Kanga, a lui aussi exprimé ses réserves sur la gestion du FRIVAO. Il estime que le mécanisme mis en place peine à répondre aux attentes des populations concernées et dénonce une approche jugée restrictive dans l’identification des bénéficiaires.

Selon lui, de nombreuses personnes ayant subi les conséquences directes du conflit, notamment des traumatismes psychologiques, des déplacements forcés ou des pertes socio-économiques, n’ont pas été suffisamment prises en compte dans le processus de réparation.

Alors que l’Ouganda doit verser en septembre prochain la cinquième et dernière tranche de 65 millions de dollars, portant le montant total des réparations à 325 millions, les appels à la transparence se multiplient. Plusieurs acteurs exigent désormais un audit complet ainsi qu’une publication détaillée des fonds reçus et des dépenses engagées.

Pour les victimes de la guerre des Six Jours, la question n’est plus seulement celle des réparations promises, mais également celle de la redevabilité. À mesure que les versements se poursuivent, la pression s’accentue sur le FRIVAO et les autorités compétentes pour faire toute la lumière sur l’utilisation de fonds destinés à réparer l’un des épisodes les plus douloureux de l’histoire récente de Kisangani.