Réfugié en Ouganda depuis 2020, Kabera alertait régulièrement sur les risques pesant sur sa vie. Dans un rapport publié en octobre 2023, Human Rights Watch recensait déjà plusieurs incidents le visant : son arrestation en mai 2022, une agression en juillet de la même année, et la disparition de son épouse, qu'il attribuait à des agents rwandais.

D'après le journaliste d'investigation Samuel Baker Byansi, une nouvelle attaque serait survenue en octobre 2023 à Kampala. Trois individus l'auraient alors menacé de mort avant de prendre la fuite à bord d'un véhicule sans plaque d'immatriculation.

Fait plus troublant : environ une semaine avant sa mort, une influenceuse rwandaise présentée comme proche du pouvoir de Kigali aurait publiquement interpellé le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni et chef des forces armées ougandaises. Elle lui aurait demandé d'agir contre des opposants rwandais réfugiés en Ouganda.

Toujours selon Samuel Baker Byansi, cette interpellation se serait accompagnée d'une liste de sept personnes, avec leurs noms et leurs chaînes YouTube. Le nom de Robert Kabera y figurerait.

Cette chronologie alimente les soupçons sur les circonstances de son décès et sur la vulnérabilité des opposants rwandais en exil. À ce stade, toutefois, aucun élément public et vérifié ne permet d'établir un lien direct entre cette publication, les autorités rwandaises ou le général Muhoozi et la mort de Kabera.

Ce drame s'inscrit dans un contexte déjà documenté par Human Rights Watch, qui a recensé plusieurs cas de répression transnationale visant des critiques du gouvernement rwandais.

Plusieurs questions restent désormais sans réponse : pourquoi les appels répétés de Robert Kabera n'ont-ils pas conduit à une protection effective ? Les autorités ougandaises ont-elles diligenté des enquêtes sur les agressions passées ? Quelles dispositions seront prises pour assurer la sécurité des six autres personnes qui figureraient sur cette même liste ?

La mort de Robert Kabera appelle une enquête indépendante et transparente. Au-delà de l'identification des responsabilités, elle pose une question de fond : les réfugiés politiques rwandais sont-ils vraiment en sécurité dans les pays voisins du Rwanda ?