Les cas se concentrent dans les zones locales d’Odigbo et d’Irele. Une centaine de victimes sont encore sous traitement, tandis que les autorités poursuivent les analyses pour identifier avec certitude l’origine de l’intoxication.

Le « Monkey Tail » dans le viseur, la piste du méthanol privilégiée

Au cœur des soupçons : le « Monkey Tail », un alcool local à base de plantes. Habitants et commerçants évoquent plusieurs variantes de cette préparation, dont certaines jugées à risque. Pour l’heure, les autorités n’ont toutefois pas confirmé officiellement qu’il s’agit de la source de l’empoisonnement.

La piste principale reste celle du méthanol, un alcool industriel extrêmement toxique par ingestion. Même à faible dose, il peut provoquer des troubles visuels, des lésions neurologiques et des défaillances organiques pouvant conduire au décès.

Au-delà de l’urgence sanitaire, ce drame révèle une faille structurelle : la difficulté à encadrer les boissons produites localement et vendues à bas prix. Dans de nombreuses zones rurales, ces alcools artisanaux restent largement consommés car beaucoup moins chers que les produits industriels.

Or cette accessibilité rend la surveillance sanitaire particulièrement complexe lorsque la fabrication échappe à tout contrôle réglementaire. Une erreur de distillation ou l’usage d’un alcool impropre à la consommation peut alors exposer simultanément des dizaines de personnes.

Une réglementation existe, mais son application reste le maillon faible

Un cadre réglementaire existe pourtant. L’Agence nationale de contrôle des aliments et des médicaments (NAFDAC) interdit notamment la vente d’alcool en sachets et en petits récipients plastiques, des formats jugés trop accessibles aux enfants et aux jeunes.

C’est l’effectivité de ce contrôle sur le terrain qui est aujourd’hui interrogée. Une réglementation n’a de sens que si les services compétents peuvent repérer les productions clandestines, vérifier les ingrédients utilisés et bloquer la distribution de produits dangereux.

L’enquête ouverte à Ondo devrait éclairer le circuit de fabrication et de distribution de la boisson incriminée. La police annonce déjà plusieurs interpellations dans le cadre des investigations.

Pour les autorités sanitaires, la priorité reste médicale. L’intoxication au méthanol exige une prise en charge rapide, d’autant que les symptômes peuvent survenir plusieurs heures après l’ingestion et évoluer vers des complications graves.

Le drame d’Ondo dépasse ainsi le seul cas du « Monkey Tail ». Il remet au centre le défi des alcools artisanaux dans un pays où leur consommation est ancrée dans certaines communautés. Entre impératif économique, pratiques locales et exigence de santé publique, une question s’impose : comment mieux protéger les consommateurs sans laisser circuler des produits à risque hors de tout contrôle ?

Tant que l’origine exacte de la contamination n’est pas établie, la responsabilité des producteurs et vendeurs reste à déterminer. Mais avec déjà 49 décès, cet épisode constitue une nouvelle alerte sur les conséquences d’une défaillance du contrôle sanitaire lorsqu’un produit contaminé atteint une communauté entière.