À l’appui de son affirmation, Reyntjens référence sur son site un courriel daté du 23 décembre 2003 et attribué à Olivier Nduhungirehe. Une position qui contraste fortement avec celle défendue aujourd’hui par le chef de la diplomatie rwandaise.

Vingt-trois ans plus tard, Nduhungirehe soutient en effet que l’attentat aurait été commis par des extrémistes issus de l’armée de Habyarimana. Pour étayer sa position, il renvoie notamment ses contradicteurs à la décision rendue par la justice française en 2022.

Cette décision a confirmé le non-lieu prononcé en faveur de plusieurs personnalités du FPR mises en cause dans l’affaire. Elle n’a toutefois pas établi judiciairement que des extrémistes hutus étaient les auteurs de l’attentat.

La chronologie soulève ainsi des interrogations. En 2003, Olivier Nduhungirehe n’exerçait pas encore les responsabilités qui sont les siennes aujourd’hui. Depuis, il a progressivement gravi les échelons de la diplomatie rwandaise, jusqu’à devenir l’un des principaux défenseurs internationaux du gouvernement de Paul Kagame.

Sur l’un des épisodes les plus sensibles de l’histoire récente du Rwanda, sa lecture rejoint désormais celle défendue par Kigali. S’agit-il d’une évolution intellectuelle fondée sur de nouveaux éléments ? L’hypothèse est possible. Mais elle supposerait que Nduhungirehe explique ce qui l’a conduit à abandonner la position que Filip Reyntjens lui attribue en 2003.

En l’absence de telles explications, la concomitance entre son ascension au sein de l’appareil d’État rwandais et l’évolution de son discours alimente inévitablement les interrogations sur les motivations de ce changement.

D’autant que les débats portant sur le FPR et sur le récit des événements de 1994 demeurent particulièrement sensibles au Rwanda. Dans ce contexte, la possibilité pour un ministre des Affaires étrangères de défendre publiquement une thèse mettant directement en cause le mouvement aujourd’hui au pouvoir apparaît politiquement difficile.

Filip Reyntjens résume lui-même l’enjeu en deux questions adressées à son ancien correspondant : « A-t-il changé d’avis ? Pourquoi ? »

Deux interrogations auxquelles Olivier Nduhungirehe est désormais invité à répondre. Entre les propos qui lui sont attribués en 2003 et la position qu’il défend aujourd’hui, le changement de lecture est manifeste. Reste à savoir s’il relève d’une évolution personnelle fondée sur de nouveaux éléments ou d’une adaptation à une trajectoire politique désormais étroitement liée à l’appareil d’État rwandais.