Dans un communiqué laconique relayé par son porte-parole, les autorités militaires ont simplement indiqué que “le gouvernement a cessé ses fonctions”, sans fournir d’explications sur les raisons de ce remaniement radical. Cette mesure plonge le pays dans une nouvelle zone d’incertitude politique, quelques mois seulement après le changement de régime.

Le colonel Randrianirina dirige le pays depuis octobre dernier, à la suite d’un mouvement de contestation populaire qui avait fragilisé le pouvoir du président Andry Rajoelina, réélu en 2023 pour un troisième mandat contesté.

Les manifestations, largement portées par la jeunesse, dénonçaient notamment les pénuries persistantes d’électricité et d’eau qui affectent le quotidien de millions de Malgaches. Initialement neutre, l’armée avait fini par se rallier aux protestataires, ouvrant la voie à la prise de pouvoir par les militaires.

Face aux interrogations suscitées par la dissolution du gouvernement, le chef de la junte a assuré qu’un nouveau Premier ministre serait nommé “conformément aux dispositions de la Constitution”. Il a également réitéré sa promesse d’organiser des élections dans un délai de deux ans afin de restaurer l’ordre constitutionnel.

-Une administration en gestion provisoire-

Dans l’immédiat, la gestion de l’État repose sur les secrétaires permanents des ministères, chargés d’assurer la continuité administrative. Cette solution transitoire ne dissipe toutefois pas les inquiétudes quant à la direction politique que pourrait prendre la transition.

À Antananarivo, l’atmosphère reste empreinte d’incertitude. Les figures de la mobilisation citoyenne, particulièrement issues de la génération Z, réclament désormais une participation plus active dans le processus de transition et une représentation accrue au sein des instances décisionnelles.

Sur le plan diplomatique, la situation malgache est suivie de près par la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). L’organisation régionale avait récemment exhorté les autorités de transition à présenter une feuille de route claire pour le retour à l’ordre démocratique, avec des élections prévues avant la fin février.

La dissolution du gouvernement pourrait compliquer ce calendrier et accentuer les interrogations des partenaires internationaux. Située à un carrefour stratégique de l’océan Indien, Madagascar reste un acteur important en matière de stabilité régionale, de coopération économique et de sécurité maritime.

Entre promesses de transition constitutionnelle et attentes populaires grandissantes, le pays se trouve aujourd’hui à un moment charnière. Le rôle de la jeunesse, désormais moteur de la mobilisation politique, pourrait peser de manière décisive sur l’orientation future de l’île.