Le procès en flagrance du docteur David Balanangayi Kayembe s’est ouvert vendredi 27 mars 2026 devant le Tribunal de grande instance de Kinkole, à Kinshasa. Poursuivi pour torture et atteinte volontaire à l’intégrité physique sur une patiente, Dorcas Muya, le praticien a reconnu avoir porté des coups, tout en affirmant avoir agi dans le cadre d’une intervention médicale d’urgence.
Kinshasa : le procès du médecin accusé de violences obstétricales s’ouvre à Kinkole

Au cœur de l’affaire, une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux. Filmée par des stagiaires, elle montre une scène d’accouchement au cours de laquelle la patiente subit des violences physiques de la part du médecin. Les images, largement relayées, ont suscité une vive indignation au sein de l’opinion publique, relançant le débat sur les violences obstétricales en République démocratique du Congo.
À la barre, le prévenu n’a pas contesté les faits. Il a cependant tenté de justifier son comportement en évoquant une situation critique. Selon lui, la patiente, primipare, présentait une complication liée à une déchirure périnéale accompagnée d’une hémorragie post-partum, aggravée par ce qu’il a qualifié de “non-collaboration”. Le toubib a soutenu que son intervention visait à permettre une prise en charge rapide, invoquant son devoir de sauver la vie de la patiente.
Une argumentation fermement rejetée par le ministère public. Le procureur a dénoncé des actes contraires aux principes fondamentaux de la pratique médicale, notamment le respect de la dignité humaine et du consentement du patient. Il a rappelé que d’autres médecins, confrontés à la même situation, n’avaient pas recouru à la violence.
Les poursuites reposent sur des charges graves, notamment celles de torture (article 48 du Code pénal) et d’atteinte volontaire à l’intégrité physique (article 372). Le tribunal s’intéresse également aux circonstances du tournage de la scène, le médecin étant accusé d’avoir autorisé, voire ordonné, la captation des images, accentuant ainsi le préjudice moral subi par la victime.
Absente à l’audience pour des raisons médicales, Dorcas Muya est actuellement hospitalisée dans un établissement spécialisé, où elle bénéficie d’une prise en charge soutenue par une fondation liée à la Première dame, Denise Nyakeru. Son état de santé est jugé préoccupant, selon les premières informations disponibles.
Au-delà du cas individuel, ce procès met en lumière les enjeux liés à la sécurité des patientes dans les structures sanitaires et à l’encadrement des pratiques médicales. Il pose également la question de la limite entre l’urgence thérapeutique et le respect des droits fondamentaux.
L’audience a été renvoyée au lundi 30 mars 2026. Le tribunal a ordonné la comparution de plusieurs témoins, dont des membres du personnel médical présents lors des faits, ainsi que celle de la victime, si son état de santé le permet.
Mina Ibango
Journaliste
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