Selon lui, le gouvernement provincial n’aurait reçu que 4 millions de dollars du pouvoir central en deux ans, alors que le Service national bénéficierait de 12 millions de dollars par mois, pour des résultats qu’il juge très insuffisants. Ces chiffres, avancés par le ministre, restent à vérifier de manière indépendante.

Léon Mulumba reproche en particulier au Service national de miser davantage sur sa visibilité sur TikTok que sur des réalisations de terrain. Il soutient qu’aucune artère de Kinshasa ne permet aujourd’hui de mesurer concrètement l’impact de son action.

Il affirme même qu’avec les mêmes moyens, il pourrait réaliser dix fois plus de travaux.

Ayant pris part aux réunions préparatoires à la mise en place de la Task Force présidentielle, le ministre rappelle que la volonté du président Félix Tshisekedi était, selon lui, de créer une structure d’appui au gouvernement provincial, et non une entité fonctionnant en dehors des autorités urbaines.

Il accuse dès lors le Service national de s’être éloigné de sa mission initiale et de réclamer toujours plus de financements, sans produire des résultats à la hauteur des ressources mobilisées.

« Je ne suis pas en train de combattre le Service national, je combats plutôt leur incivisme », a-t-il précisé au cours de l’entretien.

Une rivalité qui salit plus qu’elle ne nettoie

Au-delà de ces accusations, une autre interrogation s’impose : cette rivalité entre le gouvernement provincial et le Service national ne risque-t-elle pas de compromettre les efforts d’assainissement de Kinshasa ? La réapparition des déchets dans des zones déjà nettoyées s’explique-t-elle uniquement par l’incivisme des habitants et le manque d’entretien, ou par des entraves aux opérations du Service national ? Aucune preuve ne permet, à ce stade, de conclure à un sabotage, mais la préservation des travaux réalisés mérite d’être examinée.

Le Service national a, pour sa part, rappelé le caractère temporaire de son intervention. Il revient désormais aux communes, aux quartiers et au gouvernement provincial de consolider les acquis. Or, les propos de Léon Mulumba laissent entrevoir une rivalité institutionnelle davantage focalisée sur les financements que sur la complémentarité des actions.

Kinshasa doit-elle conditionner son assainissement à l’aide du gouvernement central, alors qu’elle dispose de ressources propres ? Que reçoivent Lubumbashi et Mbuji-Mayi du pouvoir central pour leur propreté ? Ces comparaisons exigent des chiffres vérifiés, mais elles posent une question centrale : quelle part de son propre budget Kinshasa consacre-t-elle réellement à l’assainissement ?

Plutôt qu’une bataille autour des moyens alloués au Service national, les Kinois attendent du gouvernement provincial une stratégie durable de collecte des déchets, d’entretien des caniveaux et de responsabilisation des communes.

Le véritable enjeu n’est pas de savoir qui reçoit le plus d’argent, mais qui assume ses responsabilités pour maintenir Kinshasa propre.