Les rejets ont été officiellement justifiés par des dossiers incomplets. Un argument qui convainc peu, surtout dans un climat marqué par une récente modification des critères d’éligibilité. Comme l’a souligné The Guardian, ces changements ont ouvert la voie à la candidature de Véron Mosengo-Omba, alors que les règles précédentes l’auraient potentiellement bloqué. Le calendrier de cette réforme nourrit les soupçons d’un processus ajusté en amont.

Dans ce contexte, la mise à l’écart provisoire de Shabani Nonda prend un relief particulier. Ancien Léopard respecté, il symbolise cette génération de la diaspora qui, malgré des carrières en Europe, a renforcé l’équipe nationale et aidé à attirer de nouveaux talents. Pour beaucoup de supporters, ces profils incarnent une légitimité sportive que la sphère dirigeante peine encore à intégrer.

La polémique s’est amplifiée avec un autre fait marquant : la présence d’Amadou Diaby, non-congolais, comme deuxième vice-président sur la liste de Véron Mosengo-Omba. Autorisée par les textes encadrant la composition des équipes, cette désignation est vécue comme un paradoxe. D’un côté, des figures congolaises reconnues sont bloquées au stade administratif. De l’autre, des profils étrangers accèdent directement aux instances proposées.

Le journaliste d’investigation Romain Molina a déjà pointé ce type de pratiques dans ses enquêtes sur le football africain : changements de règles opportunistes, jeux d’influence au sein des fédérations. Sans affirmer l’existence d’une manipulation directe dans ce dossier, ses analyses nourrissent les doutes sur la transparence du processus.

Au fond, l’enjeu dépasse les candidatures individuelles. Il interroge la vision que l’on veut pour le football congolais. Faut-il miser sur des profils institutionnels, connectés aux réseaux internationaux, ou faire enfin de la place à d’anciens joueurs qui cumulent légitimité populaire et expérience du terrain ?

La controverse n’est plus seulement électorale. Elle met en cause la capacité du système à valoriser ses propres talents et à garantir une compétition loyale. Dans un pays où le football est un pilier identitaire, le sentiment d’un déséquilibre, avéré ou perçu, menace d’éroder un peu plus la confiance envers les institutions sportives.
À mesure que l’échéance approche, une question demeure : les règles actuelles garantissent-elles l’équité, ou redessinent-elles discrètement les rapports de force au sein du football congolais ?