Khartoum hausse le ton. Après une frappe de drone sur son aéroport, l’armée soudanaise accuse l’Éthiopie d’avoir servi de base arrière à l’attaque et dénonce un « acte d’agression direct ». Sur fond de guerre contre les FSR, le conflit prend une tournure régionale explosive.
Drones sur Khartoum : le Soudan accuse l’Éthiopie et brandit la menace d’une riposte

La crise soudanaise franchit un nouveau cap. Mardi, les autorités de Khartoum ont publiquement accusé l’Éthiopie d’être impliquée dans une série de frappes de drones visant des infrastructures clés, dont l’aéroport international de la capitale.
Selon le général de brigade Asim Awad Abdelwahab, porte-parole de l’armée, l’analyse d’un drone S-88 abattu a livré des indices troublants. L’appareil serait lié aux Émirats arabes unis, mais aurait décollé de l’aéroport de Bahir Dar, sur le territoire éthiopien.
Qualifiant l’incident d’« acte d’agression direct », l’armée soudanaise s’est dite prête à défendre sa souveraineté. « Nos forces répondront à toute menace », a martelé le haut gradé.
La diplomatie garde un ton plus mesuré, sans céder sur le fond. Le ministre des Affaires étrangères, Mohi al-Din Salem, assure que le Soudan ne cherche pas l’escalade, mais avertit : aucune attaque ne restera sans réponse.
Depuis le 1er mars, au moins quatre frappes ont été recensées. Elles ont touché le Kordofan, le Nil Bleu et le Nil Blanc. Lundi, l’aéroport de Khartoum a été visé directement, après plusieurs tirs en périphérie de la ville.
Ces attaques s’inscrivent dans la guerre qui oppose, depuis avril 2023, l’armée régulière aux Forces de soutien rapide. Concentrés au départ dans Khartoum, les combats ont glissé vers une guerre technologique où les drones jouent un rôle croissant sur tout le territoire.
En toile de fond, Khartoum continue d’accuser les Émirats arabes unis de soutenir les FSR. Des experts de l’ONU et plusieurs ONG ont relayé ces soupçons. Abou Dhabi rejette catégoriquement toute implication.
Les civils, eux, subissent de plein fouet cette escalade. À Omdurman, cinq passagers d’un bus ont été tués par une frappe. Dans l’État d’Al Jazirah, une attaque contre l’entourage d’un commandant allié à l’armée a fait plusieurs victimes.
Le bilan s’alourdit chaque semaine. L’Armed Conflict Location & Event Data compte plus de 59 000 morts. Les organisations humanitaires estiment ce chiffre largement sous-évalué, tant l’accès aux zones de combat reste difficile.
Au-delà des lignes de front, le Soudan s’enfonce dans un conflit qui déborde désormais ses frontières, avec le risque d’embraser toute la région.
Mina Ibango
Journaliste
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