Quand une Église semble délaisser l’Évangile pour des calculs politiques, sa crédibilité morale vacille. C’est dans ce contexte que l’image d’une Église catholique congolaise unie sur les grands dossiers nationaux s’effrite. Après la prise de position de dix-sept prêtres de l’archidiocèse de Kananga, qui se sont démarqués de la ligne officielle de la CENCO sur une éventuelle révision de la Constitution, une autre voix vient alourdir la contestation : celle du célèbre abbé Blaise Kanda.
Sur ses réseaux sociaux, le prêtre a affiché sans détour son soutien aux signataires de la déclaration de Kananga. « Bravo au clergé de Kananga ! Voici aussi ma signature ! L’Église nous appartient tous ! » a-t-il écrit, en publiant la photo de sa signature aux côtés du document. Par ce geste, l’abbé Kanda dépasse le simple avis personnel. Il apporte son appui à des membres du clergé qui contestent la position de la CENCO. Pour eux, la Constitution prévoit elle-même les modalités de sa révision, à condition de respecter les dispositions verrouillées. Ils estiment donc qu’il n’appartient pas à la CENCO de fermer un débat que la loi fondamentale autorise.
Le religieux ne s’est pas arrêté là.
Quelques heures plus tard, il a diffusé un texte poétique intitulé « Ton Église, notre Église ». Le ton devient nettement plus frontal à l’égard de la hiérarchie catholique congolaise. Dans ses vers, l’abbé Blaise Kanda dénonce une indignation à géométrie variable. Il reproche à l’Église de garder le silence face aux massacres des populations de l’Est, alors qu’elle se montre beaucoup plus offensive pour critiquer le pouvoir politique.
Il écrit notamment : « Quand les soldats rwandais tuent le peuple congolais, Seigneur, Ton Église si offensive devient tout à coup évasive. » Plus loin, il déplore que la parole prophétique cède la place, selon lui, à une ambiguïté coupable dès qu’il s’agit de l’agression dont la RDC est victime. Pour lui, ce silence revient à banaliser des guerres injustes qui endeuillent le pays.
Le poème critique aussi le fonctionnement interne de l’Église. L’abbé Kanda pointe un paradoxe : l’institution qui exhorte constamment les autorités au respect de la démocratie et de la liberté d’expression peine à accepter la contradiction en son sein. Selon lui, ceux qui expriment une opinion différente sont plus souvent confrontés aux injures, aux soupçons et aux menaces qu’à un véritable débat d’idées.
Ces prises de position interviennent alors que plusieurs rapports du Groupe d’experts des Nations Unies documentent les responsabilités du M23 et des Forces de défense rwandaises dans de graves violations des droits humains à l’Est de la RDC : massacres de civils, exécutions sommaires et autres exactions. Au-delà du débat constitutionnel, cette séquence révèle une réalité difficile à masquer : la CENCO ne parle plus d’une seule voix, même au sein du clergé catholique.
Les prêtres de Kananga ont rendu public leur désaccord avec la conférence épiscopale. L’abbé Blaise Kanda renforce désormais cette fronde. Il assume publiquement son soutien et élargit la critique à des questions qui dépassent largement le cadre constitutionnel.
Depuis plusieurs mois, d’autres signaux interrogent la cohésion de l’épiscopat. On note l’absence de certains évêques parmi les signataires de déclarations de la CENCO, ainsi que les débats internes suscités par plusieurs sorties publiques de la conférence.
Les faits montrent qu’au sein de l’Église catholique congolaise, plusieurs sensibilités s’assument désormais ouvertement sur les questions politiques et nationales. Si la CENCO demeure la voix officielle de l’épiscopat, elle n’incarne plus, sur ces sujets, une unanimité absolue. Le soutien affiché de l’abbé Blaise Kanda aux prêtres de Kananga marque probablement un tournant. Avec ces quelques mots, « Voici aussi ma signature », le prêtre a donné un visage à une contestation interne jusque-là discrète. Il relance ainsi le débat sur deux points essentiels : la place de l’Église dans la vie politique congolaise, et sa fidélité à l’Évangile de paix et de justice, surtout quand il s’agit de dénoncer des guerres injustes.



















