Derrière cette nomination, il y a le pari de Daniel Bumba. Le gouverneur de Kinshasa, qui a placé l’assainissement parmi les priorités de son administration, mise sur un profil technique pour obtenir des résultats concrets. Fanny Salmon arrive donc avec une équation délicate : transformer une priorité politique en changements suffisamment visibles pour être constatés dans les rues.

Son profil tranche avec celui du gestionnaire politique classique. Bioingénieure, elle possède une formation qui la place au croisement des questions environnementales et techniques. Un atout pour une ville qui doit désormais aller au-delà des opérations ponctuelles de nettoyage et construire une véritable chaîne de gestion des déchets : collecte, transport, tri, traitement, recyclage et valorisation.

Car nettoyer Kinshasa ne suffira pas. La capitale doit aussi changer sa manière de considérer ce qu’elle jette. Plastiques, cartons, métaux et déchets organiques peuvent intégrer des filières de récupération et de transformation. Derrière la bataille de la salubrité se trouve ainsi une autre opportunité : celle de faire émerger une économie circulaire susceptible de créer des activités et des emplois.

Mais Fanny Salmon devra également composer avec les Kinois. Aucun dispositif de collecte ne pourra durablement compenser des comportements qui transforment encore trop souvent caniveaux, rivières et espaces publics en dépotoirs. À l’inverse, il sera difficile d’exiger de nouveaux comportements sans proposer aux habitants des solutions de collecte accessibles et régulières. La responsabilité est donc partagée.

La nouvelle directrice bénéficie aujourd’hui du temps accordé à toute nouvelle nomination. Il sera court. Dans quelques mois, les Kinois ne demanderont probablement plus quel diplôme possède Fanny Salmon. Ils regarderont leurs avenues, leurs marchés et leurs quartiers.

Les déchets sont-ils collectés régulièrement ? Les dépotoirs sauvages reculent-ils ? Les caniveaux restent-ils dégagés ? Le recyclage commence-t-il réellement à prendre forme ?

En confiant la REGEDEK à une bioingénieure, Daniel Bumba fait le pari de la compétence technique face à un problème longtemps traité comme une simple affaire de nettoyage.

Pour Fanny Salmon, le verdict sera quotidien et particulièrement visible.
Il suffira de regarder dans la rue.