Dans un rapport publié ce mercredi 11 mars 2026, l’ONG appelle les autorités congolaises à clarifier le sort de ces personnes et à les présenter devant leurs juges naturels, conformément aux règles de droit. Selon HRW, plusieurs de ces disparitions seraient liées à des arrestations jugées arbitraires, certaines visant des personnes soupçonnées de sympathies pour le groupe rebelle AFC/M23, tandis que d’autres concerneraient des opposants politiques.

-Arrestations dénoncées comme arbitraires-

Dans son rapport, l’organisation accuse le gouvernement congolais d’avoir recours au Conseil national de Cyberdéfense (CNC) pour procéder à des arrestations et détentions d’opposants politiques à travers les forces de sécurité depuis mars 2025. Cet organe, rattaché à la présidence de la République, est pointé du doigt pour des détentions menées en dehors de tout cadre judiciaire clair.

“Au cours de l’année passée, les forces de sécurité congolaises ont secrètement arrêté et détenu des personnes pour des motifs fallacieux au cœur de la capitale. Dans la plupart des cas, il semblerait que les arrestations soient motivées par des considérations politiques ou concernent des personnes soupçonnées de soutenir le groupe armé qui s’est emparé de certaines régions de l’est de la RDC”, a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch.

Pour établir ses conclusions, HRW indique avoir interrogé 34 personnes, parmi lesquelles neuf anciens détenus du CNC et onze membres de leurs familles.
Les témoignages recueillis font état d’arrestations menées par des membres de la Garde républicaine, de la police nationale en uniforme ainsi que par des agents en civil, parfois au milieu de la nuit. Plusieurs ex-détenus affirment avoir été transportés les yeux bandés, sans qu’aucun mandat d’arrêt ne leur soit présenté.

D’après l’ONG, certaines personnes arrêtées auraient été interrogées dans des installations situées au stade des Martyrs ou encore dans les bureaux du CNC à l’Office national des transports (ONATRA) à Kinshasa. Elles auraient ensuite été transférées vers d’autres lieux de détention dans la capitale, notamment dans des chambres privées, possiblement dans des hôtels.

-Des attributions jugées excessives-

Human Rights Watch accuse également le CNC d’élargir ses prérogatives en procédant à des arrestations, interrogatoires et détentions au secret sans supervision judiciaire.
L’organisation affirme qu’entre décembre et janvier, plusieurs opposants dont des personnalités proches de l’ancien président Joseph Kabila, auraient été arrêtés lors d’opérations nocturnes à leurs domiciles à Kinshasa.

Certains d’entre eux auraient ensuite été localisés dans les installations du Conseil national de Cyberdéfense avant d’être présentés devant la justice, tandis que d’autres resteraient introuvables.

Parmi les personnalités évoquées figurent Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent du PPRD, et Aubin Minaku, vice-président du même parti et ancien président de l’Assemblée nationale. Selon HRW, leur situation illustre le climat de tensions politiques entourant ces arrestations.

Face à ces allégations, Human Rights Watch exhorte les autorités congolaises à faire toute la lumière sur ces disparitions, à respecter les procédures judiciaires et à garantir les droits fondamentaux des personnes arrêtées.

L’organisation estime que la transparence et le respect de l’État de droit demeurent essentiels dans un contexte politique et sécuritaire déjà fragile en République démocratique du Congo.