1. Une mesure ciblée, pas une fermeture généralisée

La suspension ne concerne pas toutes les universités. Elle vise onze établissements publics de Goma et Bukavu pour l'année académique 2026-2027. Inscriptions, cours, examens et toute autre activité académique y sont suspendus jusqu'à nouvel ordre. Il ne s'agit donc pas d'un arrêt total de l'enseignement supérieur dans les zones contrôlées par l'AFC/M23.

2.Un enjeu de souveraineté plus que de sécurité

Au-delà de la situation sécuritaire, c'est l'ingérence de l'AFC/M23 dans la gestion des universités publiques qui est en cause. Le mouvement a commencé à procéder à des nominations au sein de ces établissements, des nominations que Kinshasa juge illégitimes. Pour le gouvernement, il est inacceptable qu'un groupe armé désigne les dirigeants d'institutions de l'État. Cette suspension est donc une manière de s'opposer à l'installation progressive d'une administration parallèle.

3 .La validité des diplômes au cœur de la décision

Les universités publiques délivrent des documents qui engagent l'État : relevés de notes, attestations et diplômes. Si leurs responsables sont nommés par une autorité non reconnue par Kinshasa, quelle valeur juridique auront leurs signatures ? En suspendant les activités, le gouvernement veut aussi protéger la crédibilité et la reconnaissance nationale et internationale des titres académiques congolais.

4 .Les étudiants, premières victimes collatérales

Les étudiants n'ont choisi ni la guerre, ni l'occupation de leurs villes, ni le bras de fer entre Kinshasa et l'AFC/M23. S'ils sont épargnés en partie par des mesures annoncées pour les finalistes, la question de la poursuite de leur parcours reste entière. Défendre la souveraineté de l'État est légitime, mais cela ne devrait pas se faire au prix du sacrifice d'une génération d'étudiants de Goma et Bukavu.

En résumé : derrière cette suspension, c'est une bataille de légitimité qui se joue. Après le contrôle militaire du territoire, l'AFC/M23 tente d'en prendre le contrôle administratif. Kinshasa refuse de valider les actes d'une administration qu'il considère comme illégale. Reste désormais une question essentielle : comment l'État peut-il affirmer son autorité sans que ce soient les étudiants qui en paient le prix ?