Cette situation fait craindre une aggravation des risques liés à la grossesse. Sans suivi médical régulier, certaines complications peuvent ne pas être détectées à temps, avec des conséquences potentiellement graves pour les mères et leurs nouveau-nés, notamment les accouchements prématurés et les mortinaissances.

La peur s’installe dans un environnement déjà marqué par les décès liés à l’épidémie. La proximité des centres de traitement, les expériences vécues par les communautés et la circulation de certaines craintes renforcent les réticences à fréquenter les établissements de santé. Plusieurs structures ont, par ailleurs, été temporairement fermées, notamment à la suite de cas suspects ou confirmés, tandis que des agents de santé ont été placés en quarantaine et que des opérations de désinfection ont été menées avant leur réouverture.

Pourtant, au-delà d’Ebola, les besoins sanitaires restent constants. Les grossesses se poursuivent, les accouchements ne s’arrêtent pas et les patients continuent de nécessiter des soins pour d’autres pathologies. Lorsque la peur retarde le recours aux services de santé, des complications qui auraient pu être prises en charge précocement peuvent rapidement devenir plus difficiles à traiter.

Les données du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) témoignent de cette situation préoccupante. Entre le 25 mai et le 19 juillet, le nombre de décès maternels est passé de 3,1 à 5,8 par semaine, selon les chiffres rapportés par l’organisation.

À cette crise sanitaire s’ajoutent les contraintes sécuritaires auxquelles sont confrontées les équipes de riposte. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a notamment signalé l’attaque d’une ambulance engagée dans la réponse à Ebola, ainsi que d’autres incidents. Ces violences entravent les déplacements des équipes et sont susceptibles de retarder l’accès des patients aux soins.

En Ituri, la riposte contre Ebola dépasse ainsi la seule lutte contre le virus. Elle implique également de maintenir les services de santé essentiels, de protéger les personnels soignants et de restaurer la confiance des communautés.

Car lorsque la peur conduit les patients à éviter les structures sanitaires, les conséquences de l’épidémie ne touchent plus seulement les personnes infectées. Elles peuvent aussi fragiliser l’ensemble du système de soins et exposer davantage les populations à d’autres urgences sanitaires.