Interrogé au Kenya lors du sommet Africa Forward, Emmanuel Macron s’est exprimé sur la situation dans l’Est de la RDC. Il estime que des sanctions ne suffiraient pas à infléchir la position du Rwanda et mise donc sur la négociation pour sortir de l’impasse.
Ukraine armée, RDC renvoyée au dialogue : le deux poids deux mesures de Paris sur le Rwanda

Cette position suscite l’incompréhension à Kinshasa. Beaucoup y voient une contradiction avec la ligne adoptée sur l’Ukraine : livraisons d’armes massives, aide financière, sanctions contre Moscou, discours de fermeté.
Pour plusieurs analystes congolais, la comparaison s’impose. Dans les deux cas, des États voient leur souveraineté bafouée par une guerre. Or les rapports de l’ONU documentent l’appui du Rwanda au M23 dans l’Est congolais. Malgré cela, Paris ménage Kigali bien davantage que Moscou.
L’attitude de la France est d’autant plus critiquée que le président évite de qualifier le M23 de groupe terroriste ou rebelle, alors que ses exactions sont attestées par l’ONU et de nombreuses ONG. Il préfère évoquer la nécessité de « composer » avec le mouvement pour aboutir à une solution politique. Une approche rejetée à Kinshasa, où le M23 est considéré comme une milice créée, armée et dirigée par les RDF.
Les sanctions américaines contre des figures proches du mouvement ont renforcé les critiques. Washington a notamment visé Lawrence Kanyuka Kingston, présenté comme la voix médiatique du M23 et de l’Alliance Fleuve Congo. Des documents américains font aussi état de liens avec des sociétés immatriculées à l’étranger, y compris en France.
Pour certains observateurs congolais, cela confirme une relation ambiguë entre plusieurs capitales occidentales et Kigali, malgré les accusations répétées. Une posture qui rappelle les débats sur le rôle de la France dans les Grands Lacs depuis les années 1990.
À Kinshasa, l’impression domine que la RDC est systématiquement ramenée à la table des négociations, quand d’autres pays agressés obtiennent un soutien militaire et diplomatique sans équivoque. « On demande au Congo de dialoguer, ailleurs on défend le droit de se défendre », résume-t-on.
Plus de trente ans après le début des violences dans l’Est, avec des millions de morts et de déplacés, la stratégie du dialogue permanent défendue par plusieurs capitales occidentales perd du crédit auprès d’une partie croissante de l’opinion congolaise.
La rédaction
Journaliste
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