L’étude repose sur un changement de perspective radical. Plutôt que de s’appuyer sur les abonnements ou les revenus, elle s’intéresse à un indicateur beaucoup plus concret : le numéro réellement utilisé par les commerçants dans leurs activités quotidiennes. Autrement dit, la SIM qui sert à appeler un fournisseur, négocier un prix, passer une commande ou relancer un client. Dans un pays où le multi-SIM est devenu la norme, cette distinction change tout. Car posséder plusieurs cartes ne signifie pas les utiliser de manière égale. Et dans l’économie réelle, une seule ligne structure les échanges.


Les résultats sont sans appel. Une fois les données corrigées et pondérées en fonction du poids économique des provinces, Airtel apparaît comme le réseau le plus utilisé dans les interactions commerciales, avec 30,57 % d’usage commerçant pondéré, devant Orange et Vodacom . Un renversement discret mais majeur. Car il ne s’agit plus ici de volume ou de perception de marque, mais de pouvoir réel sur le terrain, celui qui influence directement la circulation de l’information, des commandes et donc du chiffre d’affaires.

Ce basculement s’explique en grande partie par la géographie économique du pays. Airtel est fortement implanté dans des zones stratégiques comme le Haut-Katanga, le Lualaba ou le Nord-Kivu, où se concentre une part importante de l’activité commerciale. À l’inverse, certains opérateurs affichent des positions dominantes dans des provinces où leur part dépasse parfois 90 %, mais dont le poids économique reste plus limité. C’est notamment le cas d’Orange dans le Kasaï Oriental, où il capte près de 95 % des usages chez les commerçants . Une domination impressionnante, mais qui ne suffit pas à asseoir un leadership national sur le terrain économique.

L’enquête met également en lumière une réalité que beaucoup d’entreprises continuent d’ignorer : le marché télécom congolais n’est pas homogène. Il est fragmenté, parfois verrouillé, parfois concurrentiel, et souvent imprévisible. Dans certaines villes, un seul opérateur capte presque toute l’activité. Dans d’autres, deux réseaux se disputent le marché à quelques points près. Et dans un cas comme Kinshasa, qui représente à elle seule plus d’un quart du poids économique national, aucun acteur ne domine réellement l’ensemble de la ville . Ce morcellement rend toute stratégie nationale uniforme inefficace par définition.

Les implications sont considérables. Une entreprise qui base ses campagnes SMS, ses centres d’appel ou sa stratégie commerciale sur le mauvais réseau peut perdre une part significative de sa joignabilité, augmenter ses coûts de contact et réduire ses taux de conversion. En d’autres termes, parler au bon client… mais sur le mauvais réseau, revient à parler dans le vide. Et cette erreur, selon les conclusions du rapport, est encore largement répandue.

Ce que révèle cette étude, c’est donc un déplacement du pouvoir. Le leadership ne se mesure plus uniquement en parts de marché déclarées, mais en capacité à capter les échanges économiques réels. Et dans ce nouvel équilibre, Airtel s’impose comme un acteur central, non pas forcément le plus visible, mais le plus connecté à l’activité commerciale quotidienne. Une nuance qui pourrait bien redéfinir les stratégies de nombreuses entreprises dans les mois à venir.

Reste une question que ce rapport laisse en suspens : combien d’acteurs continueront à piloter leurs décisions sur des indicateurs devenus insuffisants, et combien sauront s’adapter à cette nouvelle lecture du marché ?

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