Il s'agit de la liste des 30 joueurs convoqués par Guy Bukasa pour la double confrontation face à la Mauritanie, en éliminatoires de la CAN U23 2027. Comme le rappelle l'ACP, cette présélection s'inscrit dans une continuité. Le sélectionneur poursuit un travail entamé depuis plusieurs mois avec cette génération. Une large partie des joueurs retenus était déjà connue du staff, évaluée et revue lors des précédents rassemblements des sélections de jeunes. On n'est pas dans une découverte, on est dans une construction.

Le cas de l'aîné, Claudien Likulia Lifoma, est le plus documenté, et donc le plus facilement vérifiable. Né en 2007, milieu de terrain enregistré au NK Tabor Sežana, il apparaît bien dans les registres officiels de la Fédération slovène. Mais le registre est maigre : une seule apparition en 2e Ligue slovène des jeunes 2025-2026, 19 minutes disputées, aucun but. L'appartenance au club est réelle. L'épaisseur sportive, elle, fait défaut. Difficile de présenter, chiffres à l'appui, un joueur au temps de jeu anecdotique comme une absence qui sauterait aux yeux.

Le cas du cadet, Christopher Likulia, est encore plus ténu. Sur le plan du football professionnel, il est tout simplement introuvable. Aucune archive, aucun temps de jeu, aucune trace dans un championnat référencé. Sa mère le présente elle-même comme l'un des meilleurs joueurs du Lycée français René-Descartes de Kinshasa. C'est un compliment maternel, ce n'est pas une référence sportive. Or la sélection nationale, même chez les jeunes, ne récompense pas un statut scolaire ou une filiation. Elle récompense les meilleurs à l'instant T, pas des prospects sans club au motif qu'ils sont fils d'une personnalité influente.

Que l'on s'entende bien : cela ne préjuge ni du talent de Claudien, ni de celui de Christopher, ni de leur capacité à devenir un jour internationaux. Une liste U23 n'est jamais le jugement dernier d'une génération. Un sélectionneur arbitre aussi sur le poste, la forme du moment, le projet de jeu, le vécu international et la connaissance intime du joueur. Mais en l'état, faire de leur non-sélection la preuve d'une purge politique est un raccourci hasardeux. Un membre du staff, interrogé sur la polémique, le résume d'ailleurs sèchement : lier une absence à un nom de famille exige des faits, pas seulement une affirmation. En politique, une contre-vérité peut passer comme une lettre à la poste. En football, elle se heurte au tableau d'affichage.

Il faut donc ramener ce débat là où il aurait toujours dû rester : sur le terrain des faits. Être le fils d'une ancienne ministre ne doit jamais fermer la porte de la sélection nationale. Mais cette filiation ne saurait non plus en être la clé. Pour parler d'exclusion politique, il faudrait démontrer que les frères Likulia possédaient le niveau, les performances et le profil recherchés par le staff, et qu'ils ont été écartés malgré cela pour ce qu'ils sont, et non pour ce qu'ils valent. Les données publiques dont nous disposons aujourd'hui ne permettent pas cette démonstration. Elles dessinent plutôt le portrait d'un aîné professionnel en deuxième division slovène mais sans temps de jeu depuis le début de l'année, et d'un cadet amateur dont le seul titre mis en avant est d'être, aux yeux de sa mère, le meilleur de son lycée.

Marie-Ange Mushobekwa est parfaitement légitime à demander que ses enfants soient évalués sans a priori ni discrimination. C'est un droit. Mais entre exiger une évaluation juste et décréter que l'absence de ses fils sur une liste de 30 prouve qu'ils paient son engagement politique, il y a un pas que les faits ne permettent pas de franchir. En football comme ailleurs, le débat gagne à être tranché par du mesurable : minutes jouées, performances, niveau de compétition, appréciation technique. Et sur ces critères, rien n'indique aujourd'hui que les deux fils Mushobekwa avaient acquis des références sportives imposant leur présence dans le groupe de Guy Bukasa.