Sur le campus de l’Université de Kinshasa, au niveau de l’arrêt Intendance, les motards se sont imposés comme un maillon essentiel de la mobilité urbaine. Étudiants, riverains et visiteurs dépendent largement de ces conducteurs pour se déplacer. Mais derrière ce service devenu incontournable se cache une réalité faite de précarité, de risques et de pressions permanentes.
Kinshasa : le quotidien sous pression des motards de l’UNIKIN

Cedrick, motard rencontré sur place, incarne ce parcours typique. Il a débuté très jeune, alors qu’il était encore mineur, apprenant le métier sur le tas. “J’ai commencé en 2014”, confie-t-il. Comme beaucoup de ses collègues, ses débuts ont été marqués par des accidents et des erreurs d’apprentissage. Il reconnaît avoir été impliqué dans plusieurs incidents ayant causé des blessures à des clients, dont un particulièrement marquant avec une femme enceinte. Aujourd’hui marié et père, il assure avoir gagné en prudence et tente de stabiliser sa situation en mettant de l’argent de côté.
Derrière cette évolution personnelle, le système dans lequel évoluent les motards reste profondément informel.
Pour stationner à l’arrêt Intendance ou à l’arrêt Traffic, Cedrick doit s’acquitter quotidiennement de 500 francs congolais auprès des gardes de l’université. Aucun reçu ne lui est délivré en échange. “Ils se contentent d’inscrire nos plaques sur un papier”, explique-t-il. Une pratique banalisée, mais qui s’apparente à une taxation parallèle imposée sans cadre légal.
Les contrôles constituent une autre source de pression constante. D’après Cedrick, les interpellations par les agents de transport et les services de roulage sont fréquentes, souvent pour des motifs peu clairs. Bien que des dizaines de motos stationnent quotidiennement sur la chaussée dans une relative tolérance, les motards interpellés doivent généralement débourser entre 10 000 et 20 000 francs congolais pour être libérés.
La situation se durcit davantage lorsqu’ils sont appréhendés par les gardes universitaires. Conduits auprès d’un responsable surnommé “Kaikai”, à l’entrée du campus, les motards doivent alors s’acquitter de montants d’au moins 30 000 francs congolais, là encore sans aucune preuve de paiement.
En dehors de l’enceinte universitaire, notamment dans des zones comme rond-point Victoire, Kintambo Magasin ou Huilerie, les sommes exigées peuvent atteindre des niveaux bien plus élevés, allant jusqu’à 300 000 francs congolais selon certains témoignages. Face à ces pratiques, les motards développent des stratégies de survie. Cedrick évoque notamment l’appui ponctuel d’un officier des Forces armées, qu’il sollicite en cas de difficulté, moyennant des contributions financières occasionnelles.
Ce témoignage illustre les dérives d’un secteur pourtant vital pour la capitale congolaise. Entre informalité, prélèvements arbitraires et absence de régulation effective, les motards évoluent dans un environnement instable, où chaque journée de travail relève d’un équilibre précaire.
Alors que les embouteillages liés au stationnement anarchique des motos se multiplient à travers Kinshasa, souvent sous le regard passif des agents censés encadrer la circulation, la nécessité de réformes structurelles s’impose. Les autorités en charge de l’Intérieur et des transports sont appelées à agir pour assainir ce secteur et garantir des conditions de travail plus justes, tout en améliorant la gestion de la mobilité urbaine.
Sarah Kadiombo
Journaliste
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