Le ton est mesuré, mais le diagnostic sans concession. D’emblée, Joseph Kabila affirme que le système en place ne permet aucun changement réel. “On ne peut pas envisager le changement avec le système actuel”, tranche-t-il, estimant que toute réforme engagée dans ce cadre resterait superficielle.

L’ex-chef de l’État va plus loin en dénonçant une concentration du pouvoir qu’il qualifie de préoccupante. Selon lui, le pays assisterait à “l’installation d’une dictature”, nourrie par l’affaiblissement des institutions et des pratiques qu’il décrit comme marquées par le tribalisme et le népotisme.

Sur le plan institutionnel, sa position est catégorique. Le prédécesseur de Félix Tshisekedi rejette toute tentative de révision constitutionnelle dans le contexte actuel. “Toucher à la Constitution aujourd’hui, c’est dangereux”, prévient-il, considérant que le véritable problème ne réside pas dans le texte fondamental, mais dans la gestion du pouvoir par « un petit clan ».

Kabila fils exprime également son inquiétude face à la situation sécuritaire, qu’il juge alarmante. Il met en garde contre une perte de contrôle dans certaines zones du pays et appelle à privilégier une approche politique pour résoudre les conflits, plutôt qu’une réponse exclusivement militaire.

Au-delà du constat, l’ancien locataire du Palais de la nation plaide pour une transformation en profondeur du système politique congolais. Il appelle à “balayer” les pratiques actuelles et à engager une refondation impliquant notamment la société civile. Dans cette perspective, il souligne le rôle que pourrait jouer l’Église dans l’accompagnement d’une transition crédible.

S’adressant à la classe politique, Joseph Kabila exhorte les dirigeants à assumer leurs responsabilités face à la crise. Il interpelle également la communauté internationale, en particulier la Belgique, qu’il invite à adopter une posture plus équilibrée dans son accompagnement du pays. Sans annoncer explicitement un retour politique, cette prise de parole marque un repositionnement notable. Par la clarté de ses propos et la structuration de son discours, l'ex-président s’impose de nouveau comme une voix influente dans le débat national congolais.