Une ambiguïté européenne qui choque Kinshasa

La France et la Belgique, longtemps très présentes dans les dossiers africains, adoptent aujourd’hui une attitude que de nombreux Congolais jugent équivoque face au conflit qui déchire l’Est de la RDC depuis des décennies. Plutôt que de condamner fermement et clairement l’agression dénoncée par Kinshasa, Paris et Bruxelles enchaînent des prises de position qui donnent parfois l’impression de renvoyer dos à dos la RDC, victime, et le Rwanda, régulièrement mis en cause par des rapports internationaux pour son appui militaire au M23.

Les récentes sorties d’Emmanuel Macron traduisent bien ce malaise. Le président français martèle qu’il faut à la fois le retrait des forces rwandaises et la neutralisation des FDLR. Diplomatiquement, la formule se veut équilibrée. Mais sur le plan symbolique et émotionnel, elle passe mal auprès de nombreux Congolais. Pour eux, la priorité devrait être de mettre fin à l’occupation des territoires congolais et au départ des troupes étrangères accusées d’entretenir les massacres et les déplacements massifs de civils.

La question des FDLR : prétexte ou vrai problème sécuritaire ?

La problématique des FDLR est réelle et complexe. Personne ne conteste qu’elle représente un défi sécuritaire majeur dans les Grands Lacs. Pourtant, lier, même implicitement, le retrait rwandais à la neutralisation préalable des FDLR est perçu par beaucoup comme une forme de justification de la présence militaire rwandaise en RDC. Un message difficile à entendre dans un pays où des millions de personnes ont été déplacées et où plusieurs générations ne connaissent que la guerre.

Ce sentiment d’incompréhension est accentué par certains gestes symboliques venant d’Europe. Dernièrement, la France a renforcé les hommages liés au génocide des Tutsi au Rwanda, au point d’envisager d’y associer le président congolais. Dans le même temps, les massacres qui endeuillent les populations congolaises depuis près de trente ans restent peu reconnus sur la scène internationale. Pour beaucoup de Congolais, ce traitement différencié alimente un fort sentiment d’injustice et l’idée qu’il existerait une hiérarchie entre les victimes africaines.

« Genocost » : un drame congolais toujours sans reconnaissance

Le mot « Genocost », de plus en plus utilisé par des militants, intellectuels et activistes congolais pour qualifier les millions de morts causés par les conflits à l’Est et par le pillage des ressources naturelles, peine encore à être repris par les grandes chancelleries occidentales. Ce silence contraste avec l’attention diplomatique portée à d’autres drames de la région.

À Kinshasa, Goma ou Bukavu, la question revient : les puissances occidentales veulent-elles vraiment une paix durable, ou cherchent-elles surtout à préserver leurs intérêts géopolitiques et économiques dans les Grands Lacs ? Le doute grandit au fil d’une guerre qui s’éternise et de déclarations diplomatiques jugées déconnectées du vécu des Congolais.