Cette annonce intervient quelques jours après la dernière allocution de Joseph Kabila, au cours de laquelle il avait promis de dévoiler de nouvelles initiatives visant, selon ses termes, à “sauver le peuple” du régime en place.

La présence annoncée de Corneille Nangaa et de Bertrand Bisimwa, deux figures majeures de l’Alliance fleuve Congo (AFC) et du M23, inscrit cette initiative dans un contexte sécuritaire marqué par la poursuite du conflit armé dans l’est de la République démocratique du Congo.

Un rapprochement déjà documenté par l’ONU

L’éventuelle implication de Joseph Kabila dans la direction de la rébellion n’est pas sans précédent. Dans un rapport transmis au Conseil de sécurité des Nations unies, dont une copie était parvenue à Ouragan le mercredi 1er juillet 2026, le Groupe d’experts de l’ONU sur la RDC avait déjà fait état d’un rapprochement entre l’ancien chef de l’État et l’AFC/M23, mouvement soutenu par le Rwanda selon les conclusions des experts.

D’après ce document, l'ex-chef de l'État s’était rendu à plusieurs reprises, à partir de mai 2025, dans des territoires contrôlés par l’AFC/M23, où il aurait rencontré les principaux dirigeants du mouvement. Les experts estimaient que le rapprochement public entre l’ancien président et la rébellion avait contribué à façonner le positionnement politique de cette dernière.

En septembre 2025, la Haute Cour militaire de la RDC avait condamné Joseph Kabila à la peine de mort par contumace, notamment pour trahison et organisation d’une insurrection. Cette décision s’inscrivait dans le cadre des poursuites engagées contre lui, sur fond d’accusations de collaboration avec l’AFC/M23.

Le rapport onusien évoquait également une possible réorganisation de la direction et de la structure du mouvement, assortie d’un changement de dénomination. “Au moment de la rédaction du présent document, de multiples sources au sein de l’AFC/M23 et des services de renseignement ont indiqué qu’un remaniement complet de la direction et de la structure de l’AFC/M23 était imminent, y compris un changement de nom du mouvement, et que M. Kabila était pressenti pour occuper une position de premier plan”, rapportaient les experts.

Une recomposition susceptible de modifier la perception du conflit

Dans son analyse, le Groupe d’experts estimait que l’influence croissante de Joseph Kabila, voire son accession à une fonction dirigeante au sein de l’AFC/M23, pourrait contribuer à occulter le rôle du Rwanda dans le conflit. Selon cette lecture, une telle configuration risquerait de renforcer l’image d’un mouvement essentiellement congolais, dont les revendications seraient liées à des problèmes internes à la RDC.

Le document s’intéressait également à la plateforme politique “Sauvons la RDC”, associée à Joseph Kabila, qui avait appelé à un soulèvement populaire contre le pouvoir en place. Les experts relevaient une convergence entre cet appel au changement de régime et les objectifs poursuivis par l’AFC/M23.

Enfin, le rapport mentionnait l’influence grandissante de Moïse Nyarugabo, ancien sénateur et proche de Joseph Kabila, dans l’environnement politique de ce mouvement.

L’annonce du FRN, si sa structure et les responsabilités attribuées à ses dirigeants sont confirmées, pourrait ainsi marquer une nouvelle étape dans la recomposition des forces politico-militaires opposées au pouvoir de Kinshasa. Elle intervient alors que les liens entre l’ancien président et l’AFC/M23 font déjà l’objet d’accusations et d’analyses documentées par les experts des Nations unies.