Face à la presse à Kinshasa, Martin Fayulu a soutenu avoir joué un rôle déterminant dans le retour de l’UDPS sur la scène politique nationale à une période où, selon lui, le parti traversait une phase de recul. Le leader de Lamuka affirme notamment avoir rencontré Étienne Tshisekedi afin d’organiser des actions politiques communes, citant Albert Moleka parmi les témoins de cette collaboration.

Des déclarations qui ont immédiatement suscité une levée de boucliers dans les rangs de l’UDPS. Plusieurs responsables du parti dénoncent une tentative de réécriture de l’histoire politique congolaise et une atteinte à l’héritage laissé par Étienne Tshisekedi.
Réagissant à ces propos, Déo Bizibu, secrétaire général adjoint chargé des questions politiques et administratives de l’UDPS/Tshisekedi, a vivement critiqué la sortie médiatique de Martin Fayulu. Dans une intervention accordée à Infos7.cd, il a estimé qu’il était inacceptable de prétendre avoir “ressuscité” une formation politique qui, selon lui, a toujours conservé une influence majeure dans le paysage national.

Le cadre de l’UDPS rappelle qu’en 2006, plusieurs initiatives diplomatiques et politiques avaient été engagées pour favoriser le retour du parti dans le processus démocratique, preuve de son poids politique malgré les difficultés de l’époque. Déo Bizibu a également minimisé l’impact politique de Martin Fayulu avant l’élection présidentielle de 2018, estimant que sa véritable ascension nationale est intervenue à la faveur du conclave de Genève. À ses yeux, Étienne Tshisekedi demeure une figure historique incomparable dans le combat démocratique en République démocratique du Congo.

Mais derrière cette polémique autour de l’histoire de l’UDPS se profile un affrontement politique beaucoup plus profond. Depuis plusieurs semaines, Martin Fayulu intensifie ses critiques contre Félix Tshisekedi et s’oppose frontalement aux débats autour d’une éventuelle révision constitutionnelle.
Le président de l’Ecidé accuse le pouvoir de vouloir préparer un “coup d’État constitutionnel” à travers la proposition de loi référendaire portée par le professeur Paul-Gaspard Ngondankoy.

Lors de sa conférence de presse du 8 mai, l’opposant a dénoncé ce qu’il considère comme une stratégie destinée à ouvrir la voie à une prolongation du pouvoir présidentiel au-delà des limites fixées par la Constitution. Les déclarations du chef de l’État, affirmant être disposé à briguer un autre mandat “si le peuple le demande”, ont davantage alimenté les inquiétudes de l’opposition.

Très critique, Martin Fayulu estime que certaines dispositions de la proposition de loi référendaire pourraient permettre de contourner des articles jugés intangibles de la Constitution. Il réclame notamment le retrait des articles 87 à 90 du texte et appelle à une vigilance populaire face à toute tentative de modification des règles constitutionnelles.

En réaction, l’UDPS entend reprendre l’offensive médiatique et politique. Augustin Kabuya, secrétaire général et président intérimaire du parti présidentiel, a annoncé une communication destinée à clarifier les récentes déclarations de Félix Tshisekedi et à répondre aux accusations portées par l’opposition.
Parallèlement, plusieurs figures politiques opposées au régime affichent désormais une position commune contre toute réforme susceptible de toucher à la limitation des mandats présidentiels.

Ensemble pour la République, le parti de Moïse Katumbi, évoque déjà des risques de dérive autoritaire et appelle à la création d’un front républicain pour défendre l’alternance démocratique prévue en 2028. Joseph Kabila, Delly Sessanga, Matata Ponyo, Claudel Lubaya, Jean-Claude Vuemba ou encore Franck Diongo figurent parmi les personnalités ayant exprimé leurs réserves face à toute initiative de révision constitutionnelle. Dans un climat politique de plus en plus tendu, le bras de fer entre le pouvoir et l’opposition semble désormais engagé sur le terrain de la Constitution et de la succession politique.