Pour Denis Mukwege, le bilan des violences dans l’Est de la République Démocratique du Congo est accablant. Après des milliers de morts, des massacres de masse et des destins brisés, il serait irresponsable de vouloir tout effacer au nom du dialogue. L'opposant rappelle que des rapports internationaux ont déjà documenté ces crimes et identifié leurs auteurs.

Dans sa prise de position, il estime qu’il ne faut surtout pas confondre dialogue politique et impunité. Le moment n’est pas à la simplification du débat, mais à l’exigence de justice et de vérité. Minimiser ce passé sanglant, prévient-il, c’est prendre le risque de voir les mêmes violences se reproduire.

Sur ce point, Mukwege prend le contre-pied de Martin Fayulu. Il refuse que les discussions politiques servent de couverture à l’impunité. Il souligne que des acteurs comme Joseph Kabila et Corneille Nangaa, qu’il cite nommément, ne viendront pas au dialogue pour répondre à la seule question qui vaille : « Pourquoi avez-vous pris les armes ? »

Il insiste particulièrement sur le cas de Joseph Kabila, qui n’est pas un acteur politique ordinaire, mais un ancien chef de l’État. Il juge inadmissible qu’un ancien dirigeant puisse créer une rébellion pour s’attaquer à la population qu’il a lui-même gouvernée. Il rejette également l’idée de conditionner la tenue de tout dialogue à la présence de Kabila et de Nangaa.

Enfin, le Prix Nobel de la paix conclut par un appel moral : avant de prétendre diriger le pays, les acteurs politiques doivent d’abord apprendre à aimer son peuple. Sans ce sursaut d’humanité et de conscience, avertit-il, la stratégie politicienne prendra le pas sur la justice et ne fera qu’aggraver les dégâts.