Pourtant, son jugement a commencé bien avant l’ouverture de toute audience. Il a débuté le jour où celui qui avait fait de la lutte contre la corruption et du respect de la loi son principal combat s’est retrouvé mis en cause pour sa propre gestion des deniers publics. Dès lors, le dossier n’était plus seulement judiciaire. Il est devenu une question de crédibilité.

Car l’enjeu n’est pas de savoir s’il a personnellement empoché les 19,9 millions. La justice devra se prononcer sur autre chose : le recours au gré à gré, le choix d’une entreprise aux références discutables, le décaissement avant la levée des préalables, et les conditions de transfert des fonds.

Toute la difficulté vient du standard que Constant Mutamba s’était imposé. Quand on fait de la bonne gouvernance son étendard, la bonne foi ne suffit plus. On est jugé selon les règles que l’on exigeait des autres.

Ni les lettres, ni les déclarations, ni la communication n’inverseront cette exigence. Au fond, le procès de Constant Mutamba est celui de la cohérence entre les principes qu’il incarnait et les décisions qu’on lui reproche aujourd’hui. Dans un État de droit, la légitimité d’un réformateur ne se mesure pas à ses discours. Elle se mesure à sa capacité à s’appliquer à lui-même les règles qu’il voulait imposer à tous.